La Chine, principal concurrent des Etats-Unis… et foyer d’une nouvelle classe ouvrière [Topo WEF Mars 2025]
Bon pourquoi on fait un topo sur la Chine aujourd’hui : Déjà parce qu’aujourd’hui la Chine à un rôle centrale dans les chaînes de valeurs mondialisé au point où elle vient concurrencer les impérialistes traditionnelles : C’est le premier exportateur mondiale, Elle à le deuxième PIB le plus élevé au monde, et elle occupe une place majeure dans les échanges internationaux, ayant même dépassé les Etats Unis en 2024.
Elle est aussi au cœur des tensions avec les Etats-Unis, au point où elle influence même les décisions de ces derniers dans les conflits en cours comme c’est le cas pour la guerre en Ukraine.
C’est aussi un défi de réflexion pour nous marxiste, car c’est un ex pays semi-colonial qui est aujourd’hui au centre du monde impérialiste, ce qui un cas unique dans l’histoire du capitalisme.
Et enfin, et c’est peut-être ça le plus important, c’est une, si ce n’est la plus grosse concentration de travailleurs et travailleuses au monde, donc la plus grosse classe ouvrière dans le monde, et donc une force sociale inégalable dans la contribution à renverser le capitalisme.
A travers ce topo on va essayer de comprendre comment la Chine est passée de l’usine du monde à une puissance économique qui vient potentiellement aujourd’hui remettre en cause l’hégémonie de l’impérialisme américain ? Quel est l’état des rivalités à la fois économiques et politiques entre la Chine et les Etats-Unis ? Quelle réalité et quelles perspectives pour la classe ouvrière chinoise aujourd’hui ?
I. D’usine du monde à la concurrence des grandes puissances impérialistes, l’essor économique de la Chine et sa situation économique et politique actuelle.
A. brève histoire de Mao aux années 2008 en passant par l’ouverture aux marchés internationaux et l’évolution liée aux Etats-Unis.
Dans cette première partie on va se pencher assez rapidement sur l’évolution de la Chine des années 1970 aux années 2008 – 2010. Ce qui permet de comprendre comment elle intègre les marchés internationaux petit à petit pour devenir le pays qu’on nomme souvent “l’usine du monde ou l’atelier du monde”.
Cette évolution de la Chine est incompréhensible si on la dissocie des Etats-Unis, la coopération entre les bourgeoisies américaines et la bourgeoisie chinoise émergente est un facteur essentiel dans l’évolution de la Chine.
Faut aussi avoir en tête qu’il y a aussi une multitude d’institutions en Chine qui prenne par et stimuler cette évolution, il y a le gouvernement central, les gouvernements locaux, les entreprises publiques, par la suite il y aura les entreprises privées, mais surtout il y a le Parti communiste chinois, le PCC qui va être un des moteurs de cette évolution.
En 1949 il y la prise de pouvoir du parti communiste chinois et de son bras armée, en s’appuyant sur les campagnes, pas pour instaurer le communisme, loin de là, mais pour sortir la Chine du joug des impérialismes japonais et occidentaux. A ce moment-là, l’Etat chinois prend en main l’entièreté de l’économie et de la production, avec un fort retranchement national, qui s’accompagne d’un rapprochement avec le bloc de l’EST. Cette situation va perdurer sans changements majeurs jusqu’aux années 1970.
Et c’est à partir des années 1970 qu’on assiste à deux transformations majeures, d’un côté il y a un éloignement par rapport au bloc de l’EST qui va de pair avec un rapprochement avec les Etats-Unis et de l’autre on assiste à une transformation des politiques économiques de la Chine, que ce soit intérieures ou extérieures.
Donc ce rapprochement des deux pays, les Etats-Unis et la Chine il est à comprendre de manière bilatérale, car il est à la fois souhaité et impulsé par les deux pays. Pour la Chine ça lui permet de sortir de la situation économique désastreuse de la décennie 1960, de se lancer dans une réouverture vers les marchés capitalistes,et de devenir une zone d’attrait des capitaux internationaux.
Dans le même temps, la crise qui frappe l’économie mondiale depuis les années 1970, pousse les pays occidentaux et en premier lieu les Etats-Unis à sous-traiter et délocaliser leur production dans des pays à bas salaire pour faire remonter leurs taux de profits.
La Chine est alors le candidat parfait, grâce au rôle déterminant de l’Etat pour fixer le cap et investir sur des secteurs industriels prioritaires, elle dispose d’infrastructures et d’une main d’œuvre qualifiée bien moins chère qu’ailleurs, et d’un marché intérieur à conquérir.
De plus, des politiques de collectivisation des terres qui sont mises en place entre 78 et 84, permettent à la fois à certains paysans de s’enrichir et de se lancer dans l’industrie, mais surtout de paupériser tout un pan de la paysannerie qui va alors quitter les campagnes en direction des villes et fournir à l’industrie émergente une main d’oeuvre très peu cher.
C’est la première génération de Mingongs, les travailleurs migrants, qu’on abordera par la suite.
A partir de 1981 on assiste à une ouverture des marchés chinois aux capitaux étrangers qui va provoquer un retour de la diaspora chinoise des USA et des entrepreneurs chinois de Taiwan et Hong Kong en Chine pour se lancer dans l’industrie. Ils bénéficient alors d’avantages économiques énormes mis à disposition par l’Etat chinois, si bien qu’en 1992 l’industrie Hongkongaise employait 800 000 travailleurs sur Hong kong pour plus de 2.5 Millions dans le Guangdong, la région chinoise limitrophe, qui est une zone privilégié, (en gros l’Etat chinois créer 4 zones privilégiées pour les investissements étrangers, qui vont devenir les coeurs névralgiques de l’industrie en chine. )
En fait, on assiste à un retour de la bourgeoisie chinoise au pays, si bien que dans les années 1990 elle possède 2 tiers des capitaux étrangers investis en Chine.
Mais ça va assez vite changer, car l’État chinois se fait l’agent de l’impérialisme étrangers sur son propre sol, faisant tout pour lui garantir le marché et les profits, ce qui augmente le nombre d’investissements de capitaux étrangers en Chine. Pour ça il va à la fois mettre en place des mesures avantageuses (frais de douane, zone privilégiée, banque étrangère), mais aussi en réprimant la population, car la Chine fait alors face à une grosse vague de mobilisations contre toutes les réformes qui paupérisent les travailleur.euses.
À partir de 2002 les principaux investisseurs en Chine ne sont plus Hong Kong et Taiwan mais les Etats-Unis et le Japon.
Les années 2000 – 2010 :
A partir des années 2000, les investissements étrangers continuent mais l’Etat chinois va aussi renforcer sa propre bourgeoisie et défendre ses intérêts. A travers les grandes entreprises publiques, mais aussi en privatisant des larges secteurs de son économie. En 2001, 86 % des entreprises d’etat avaient été restructurées et 70% d’entre elles avaient été partiellement ou entièrement privatisées. c’est plus de 30 à 40 Millions de travailleurs de ces entreprises qui furent licenciés, ce qui provoque une colère générale avec des dizaines de milliers de grèves, manifestations, occupations d’usine…
Les privatisations permettent d’assurer l’ascension rapide des directeurs d’entreprises d’État, et des dirigeants des gouvernements locaux, devenus à l’occasion propriétaires ou directeurs généraux d’entreprises privées. Un rapport révélait en 2002 que, dans 95 % des cas, les membres des anciennes directions des entreprises publiques, étaient devenus les principaux investisseurs ou les nouveaux dirigeants des entreprises privés.
Ces privatisations et le démantèlement des terres collectivisées va créer un nouveau prolétariat chinois, forcé de quitter la campagne pour la ville, et forcé à se jeter dans le nouveau capitalisme de marché en extension.
En 2001 il y a un autre fait très important, l’entrée de la Chine dans l’OMC (organisation mondial du commerce) qui se fait sur les conditions des USA, leur monde, leurs règles : Les Etats-Unis imposent alors une réduction des tarifs douaniers de moitié, ouverture des services et marché du secteur bancaire aux entreprises étrangères, et l’ouvertures du marché agricole. Les USA pouvaient alors contrôler les échanges avec la Chine à leur avantage par la pression de la concurrence, car la Chine ne pouvait pas se passer du marché Américain et occidental pour écouler sa production.
Mais l’intégration de la Chine dans l’OMC permet aussi à cette dernière d’émerger comme puissance économique. De 2002 à 2008 les importations comme les exportations chinoises augmentent d’environ 20% par an.
Ce qui fait que la Chine devient le 1er exportateur mondial en 2013.
A ce moment-là, la spécialisation de la Chine correspond à son avantage comparatif : avec des importations de biens incluant beaucoup de capital et des exportations incluant surtout du travail peu qualifié. C’est cette caractérisation qui va lui valoir le nom d‘usine du monde, en se fondant sur le bas coût d’une main-d’œuvre illimitée et sur son insertion dans les systèmes productifs asiatiques, la Chine est devenue l’atelier du monde. Ses exportations proviennent essentiellement d’activités d’assemblage de composants importés. Les entreprises asiatiques utilisent leurs filiales en Chine pour transformer puis exporter leurs marchandises vers l’Europe et les États-Unis.
Les entreprises chinoises de l’époque, sans capital occidental, se contentaient encore majoritairement de produire des biens qui servaient à la consommation chinoise.
Mais dans le même temps, même si c‘est encore à une échelle embryonnaire, on assiste à l’émergence de l’industrie de haute technologie chinoise et au développement de la recherche chinoise, (notamment permis par le transfert de technologie,) qui sont aujourd’hui au cœur des enjeux et rivalités entre les Etats Unis et la Chine.
B. Le fonctionnement de l’État chinois et ses particularités, son parti au pouvoir, et son patronat.
Dans cette sous-partie plus courte on va surtout voir le rôle particulier que jouent l’Etat chinois et le PCC dans l’économie chinoise, mais aussi la composition publique / privée de l’économie chinoise aujourd’hui.
L’Etat chinois a un rôle central dans la percée industrielle et économique réalisée par la Chine au cours de ces deux dernières décennies, d’autant plus après la crise de 2008. L’objectif de la bourgeoisie et de l’Etat chinois durant cette période a été de profiter de l’ouverture économique sur le marché mondiale, tout en résistant autant que possible à la domination des grandes puissances impérialistes.
Cette dynamique a été permise en grande partie grâce au dirigisme étatique de l’économie chinoise, qui permet de doter la bourgeoisie chinoise d’un outil de défense très affûté. Ce dirigisme passe par la mise en place de plans, globaux et sectoriels, qui fournissent une feuille de route et qui servent de guide pour les investissements et permettent de limiter les risques.
C’est par exemple le cas dans la recherche et le développement avec un plan fixé de 2006 à 2020, ou alors un plan qui porte sur la concurrence internationale pour faire passer la Chine d’usine du monde à grande puissance industrielle et technologique, le plan Made in China 2025 qu’on verra par la suite.
Le Parti communiste chinois, lui, est un outil qui double l’appareil d’Etat et se confond parfois avec lui dans différents domaines, notamment la répression, il est aussi un tremplin essentiel à tous bourgeois et petits bourgeois chinois qui veulent faire fortune ou carrière en Chine.
Aujourd’hui une bonne partie des secteurs clé de l’économie sont contrôlés par l’Etat, soit sous forme de grosses entreprises publiques, comme le secteur bancaire ou de l’innovation, soit par un contrôle très serré sur les entreprises privées.
Il y aussi des initiatives privées avec des capitalistes chinois qui possèdent des fortunes très importantes. Mais ces derniers sont en grande partie soumis à l’Etat qui les mets au pas quand il divague un peu trop, c’est par exemple le cas trés connu de Jack Ma, le patron d’Alibaba qui annoncé être pour la libéralisation du marché chinois et qui émettait pas mal de critiques envers l’Etat. Bon, après une petite disparition de 6 mois il est revenu bien plus complaisant avec la politique de l’Etat chinois. C’est des situations presque inenvisageables en Europe ou aux USA. Mais aujourd’hui certaines entreprises chinoises sont devenues tellement
puissantes qu’elles pourraient tenter de s’émanciper en partie de l’État et du PCC, c’est pour ça que l’Etat sert les vices et rappelle à l’ordre les brebis galeuses. La bourgeoisie chinoise doit tout à l’État, et l’État sait bien le lui rappeler quand elle divague un peu trop. Il y a aussi un contrôle du PCC et donc de l’Etat sur les entreprises privées qui passe par le fait qu’il y a des cellules du PCC intégrées dans chaque entreprise, qui ont des droits de regard sur les entreprises, notamment sur le recrutement.
Quelle place occupe la chine aujourd’hui :
C. La place de la chine, à la fois économique et politique dans le monde aujourd’hui.
Aujourd’hui la Chine est un concurrent direct aux impérialistes et aux capitalistes occidentaux, aussi bien dans son marché intérieur que sur le marché mondial.
La Chine est la première exportatrice mondiale, elle a le deuxième PIB le plus élevé au monde, la place qu’elle occupe dans le commerce international passe de 1% des parts du commerce en 2000 à 14% en 2022.
Elle possède aujourd’hui 2 des 5 pôles scientifiques les plus importants au monde.
Et c’est aussi la deuxième puissance militaire selon le SIPRI (organisme qui se base sur les dépenses militaires), même si les Etats-Unis ont une avance considérable : 800 Milliards contre 293 milliards en 2022. (et les chiffres ont encore augmenté)
Le plan Made in China 2025 résume parfaitement le processus d’évolution de la Chine qui lui a permis de passer de “l’usine du monde”, place qu’elle occupait encore en 2008 à une véritable puissance industrielle et technologique.
Ce plan économique consiste à varier les secteurs prioritaires de l’industrie chinoise, notamment en remontant les chaînes de valeurs pour capter une plus grosse part de la plus value. Les objectifs de ce plan pour l’Etat est d’accroître la recherche et l’innovation, augmenter la production de biens à forte valeur ajoutée, limiter la dépendance à l’égard de l’étranger dans les technologies de pointe, améliorer l’efficacité énergétique et créer des champions nationaux. Ce qui lui permet aussi d’être moins soumise au multi-national occidentale.
Cette diversification fait qu’aujourd’hui la Chine domine des secteurs comme l’agroalimentaire (viande, riz, pomme de terre), ou les matières premières comme le fer, l’or ou l’étain.
Mais aussi et surtout des domaines avec des marchandises avec beaucoup de valeurs ajoutées, et une part importante dans des chaînes de valeurs complexes (certaines pièces des Airbus 350 sont produites en Chine), notamment possible grâce à l’industrie de haute technologie, et les secteurs de l’innovation, de la recherche et du développement.
Donc une industrie qui va des mines de fer ou de charbon, à des usines de hautes technologies avec des ingénieurs ultras diplômés, en passant par les ateliers de textiles. En fait, la Chine produit toujours une part importante des marchandises à faible valeur ajoutée, auxquelles se sont ajoutées des marchandises beaucoup plus complexes, dont la Chine possède quasiment la chaîne de production de A à Z.
D’ailleurs la main d’œuvre de plus en plus chère en Chine force certaines firmes à relocaliser leur production vers le centre du pays ou dans les pays voisins avec des salaires plus bas.
La chine à donc pour principaux fournisseurs les pays de l’Association des Nations de L’asie du Sud Est (Vietnam, Cambodge, Bangladesh…) dans lesquels elle sous-traite une partie de sa production, comme une part du textile.
Mais ces évolutions n’ont pas stoppé l’investissement de capitaux étranger en direction de la Chine. Au contraire, aujourd’hui elle est le deuxième récepteur d’investissement étranger, dans des secteurs toujours plus varié, allant de l’industrie lourde et des transports jusqu’à l’industrie de haute technologie, la finance ou l’industrie pharmaceutique Une des évolutions majeures de ces dernières années, notamment impulsée par le fameux plan Made in China 2025 ou le plan “Go out”, c’est le déploiement massif des investissements chinois dans le monde. La chine est le premier émetteur d’investissement étrangers au monde. Aujourd’hui la banque centrale chinoise est la première banque au monde, en 2022 elle pesait 3117 milliards de dollars, environ 1 tiers des devises placées dans des banques centrales dans le monde. Ce qui fait de la chine une véritable puissance financière.
Ces évolutions ont aussi une réalité dans la place qu’occupe la Chine sur le plan international.
Dans un contexte diplomatique tendu avec les démocraties occidentales, mais aussi avec certains de ses voisins, la Chine cherche à créer une zone d’influence pour pouvoir compter sur des partenaires qui pourraient défendre les mêmes intérêts qu’elle, sur le plan économique, mais aussi, à moindre mesure, sur le plan militaire.
On va s’attarder un peu sur les 3 vecteurs principaux sur lesquels la chine s’appuie pour défendre ces intérêts sur le plan international : Les nouvelles routes de la soie, l’internationalisation du Renminbi (monnaie chinoise), et sa présence dans les institutions internationales.
Les nouvelles routes de la soie :
Le nom fait référence au plus vieux réseau commercial entre l’orient et l’occident. Pour XI Jinping ces routes sont le principal vecteur de la politique de la chine à l’international, elles permettent d’assurer le poids de la chine dans l’économie international tout en défendant ses intérêts. Ce projet comme tous les grands projets chinois est un plan d’État mais celui-ci est même inscrit dans la constitution. Ce projet vise avant tout à servir les intérêts domestiques de la chine, tout en étant présenté comme le défenseur d’un ensemble d’intérêts partagés, des différents pays qui le composent.
Le projet comprend une route terrestre et une route maritime, ce qu’on pourrait qualifier d’une “route numérique” auxquelles viennent s’ajouter avec les annonces de 2018 le projet d’une route polaire passant par l’arctique. ( Bon là ça vous met la puce à l’oreille et ça fait écho avec la course à l’arctique notamment que Trump veut accomplir en possédant le Groenland.)
Les routes terrestres partent de plusieurs endroits de Chine pour aller en Asie centrale, au Moyen-Orient, en Turquie, en Bulgarie, en Roumanie, en Ukraine, en Russie, en République tchèque et en Allemagne.
La route maritime partirait de Canton et irait jusqu’en Italie en passant par l’océan indien et le canal de suez, en englobant les différents pays sur son passage.
La “route numérique”, qui n’en est pas vraiment une, correspond à l’initiative Blockchain Service Network (BSN), lancée en 2020, et vise à constituer une infrastructure majeure pour connecter toutes les villes du pays. Ces connexions pourraient être étendues grâce à l’Initiative des Routes de la soie, formant ainsi une Route de la soie numérique permettant de créer des coopérations pour aider à la diffusion des normes chinoises.
La mise en place de ces routes est en partie permise par la présence de capitaux chinois dans différentes infrastructures sur leur trajet, c’est par exemple le cas en Grèce avec le port du Pirée qui est contrôlé par des capitaux chinois.
A travers ces routes de la soie, il y a une combinaison de plusieurs objectifs dont les plus important sont : créer et conserver des débouchés pour les entreprises chinoises dans les pays traversés pour écouler la surproduction ; investir dans des pays avec une mains d’oeuvre
moins cher ; assurer ses approvisionnements en matières premières et en énergie ; poursuivre l’internationalisation de ces entreprises notamment les transport et infrastructures (comme les ports, qui peuvent notamment servir à des fins militaires) ; contrecarrer l’hégémonie américaine, en cherchant à faire une nouvelle région de commerce de l’asie à l’europe ce qui isolerait les USA. mais aussi de développer les relations sud-sud et donc d’apparaître comme un nouveau partenaire privilégié pour les pays en développement.
Et enfin, un objectif qu’on peut comparer à ce que faisaient les impérialistes du début du XXe siècle avec les chemins de fer, de faire financer ces infrastructures par les pays pauvres, grâce à des prêts accordés par la Chine, et la je site R. Luxembourg “ces prêts ( qui servait au chemin de fer)permet de tenir les pays pauvres en tutelle, de contrôler leur finances et d’exercer une pression sur leur politique étrangère, douanière, ou commerciale”.
Aujourd’hui la Chine fait des prêts à taux très faible voire nul, ce qui implique par la suite à certains pays en insolvabilité de léguer les infrastructures à la Chine, c’est ce qui c’est passé avec un port en haut profonde au Sri Lanka en 2017, qui faute de pouvoir payer, à était léguer à la chine pour 99 ans.
Cependant ce projet rencontre aussi des limites ce qui a imposé à la Chine de le revoir un peu à la baisse, car certains pays souhaitent renégocier leurs contrats avec elle, c’est notamment le cas de la RDC où la chine possède une quasi-hégémonie sur les mines. Mais aussi des pays d’Europe de l’Ouest, qui sont de plus en plus méfiants envers la Chine due à la montée des tensions avec les Etats-Unis.
Le deuxième vecteurs de défense des intérêts nationaux de la Chine dans le monde, c’est sa tentative d’internationalisation du Renminbi, et son rôle de financeur mondiale.
Bon aujourd’hui le Renminbi, qui est la monnaie chinoise, est très loin du dollar en ce qui concerne son rôle sur le marché international, malgré les efforts du gouvernement chinois après la crise du dollars de 2008 pour l’internationalise. Toutefois, il y a une intégration progressive du RMB dans le commerce mondial, notamment avec un renminbi numérique qui permet à la Chine de lutter contre certaines sanctions imposées par les USA sur le dollars.
De plus, la Chine joue de plus en plus un rôle centrale en tant que financeur dans le monde : On l’a dit tout à l’heure, la banque centrale chinoise est la banque la plus riche du monde.
Et la banque chinoise pour le développement est la première banque de développement au monde, elle fait des prêts à taux zéro dans des pays en développement, notamment en lien avec les routes de la soie, ce qui la place comme interlocuteur privilégié de ces pays.
Pour finir cette partie, on va se pencher sur l’intégration de la Chine et son rôle dans les institutions internationales.
Depuis une révision en 2010 la chine devient le troisième actionnaire du FMI, fond monétaire mondiale après les usa et le japon. Elle se retrouve cependant exclue de certaines institutions internationales, ou alors placée à des positions décisionnelles en dessous de ce qu’elle estime peser réellement. Rien d’étonnant car les Etats-Unis restent hégémoniques dans toutes ces institutions.
Pour affirmer son rôle politique et contourner les blocages américains, elle a créé ses propres institutions internationales, au sein desquelles elle joue un rôle central, C’est le cas de la “Banque asiatique d’investissement et infrastructures” à laquelle beaucoup de pays adhérent malgré l’opposition des USA. C’est aussi le cas de la Banque de BRICS qui a été créée en 2015, dont le siège est à Shanghai, et qui a pour but de financer des projets dans les pays émergents.
Enfin, en 2020, 20 pays ont signé un traité, le “partenariat économique général global”, qui regroupe 30% de la population de la production mondiale et qui vise à favoriser le déploiement des chaînes de valeurs entre les pays signataires.
La Chine est aujourd’hui un concurrent direct des puissances impérialistes. Elle est à la fois un fournisseur et un client majeur pour un grand nombre de pays dans le monde. Elle est fortement impliquée dans les chaînes de valeur mondiales et se situe dans un rapport de double dépendance avec les autres économies, aussi bien pour ses importations que pour ses exportations, et ce, même avec les Etats-unis.
Pour autant, les alliances économiques et politiques qu’elle conclut sont avant tout circonstancielles, elle n’appartient pas à un véritable groupe défini, ce qui peut la rendre vulnérable par rapport aux Etats-Unis.
De plus, le conflit actuel se cristallise dans les difficultés économiques posées par la crise de 2008, des crises classiques de surproduction, qui ont touché la Chine et les Etats-Unis, dont on voit notamment des échos dans la crise de l’immobilier qui perdure depuis plusieurs années en Chine.
(décrire un peu plus la crise depuis 2008, notamment dans l’immobilier et la finance.) On va maintenant passer à la partie sur les :
II. Rivalités entre la Chine et les Etats Unis sur les différents plans : économique, militaire, et politique.
A. Des rivalités économiques et politiques, guerre de marché… et l’actualité brûlante avec les annonces de Trump.
C’est à partir de 2011, sous la vice-présidence de Hillary Clinton que les Etats-unis changent leur politique en direction de la chine avec comme objectif d’affirmer leur domination impérialiste en Asie du sud-est.
Une politique d’isolement de la chine est d’abord menée par Obama, mais elle va s’accentuer et se radicaliser sous le mandat de Trump qui va directement mener une guerre commerciale contre la chine, en taxant les marchandises exportées vers les Etats unis et en interdisant certaines entreprises comme Huawei ou ZTE à vendre leurs marchandises chez eux et chez leurs alliés.
l’évolution des tensions est directement liée à l’évolution de la production chinoise qui entraîne des conflits et de la concurrence avec les pays développés, elle passe d’atelier du monde, à un pays majeur dans les produits de haute qualité et de haute technologie. Elle concurrence alors les pays développés sur un terrain qui n’était pas le sien jusqu’à maintenant, mettant en cause leur hégémonie et ayant de potentielles implications politiques que n’avait pas le secteur du textile par exemple.
Ce conflit oppose donc deux puissances économiques aux centres des enjeux impérialistes actuels, mais avec des réalités politico-sociales très différentes. Les Etats-Unis ont une hégémonie militaire sur le monde et une quasi hégémonie économique, un control presque total sur les institutions internationales chargées du maintien de “l’ordre libéral international” (ONU, FMI, OMC. ) Mais la Chine vient questionner de plus en plus cette hégémonie, ce qui engendre des conflits d’abord économiques mais qui pourraient devenir militaires.
En 2019, le gouvernement américain considère que le déficit envers la Chine est trop important et après plusieurs mois de conflit économique, un accord est signé entre les deux pays, qui met en place des taxes de 19% en moyenne sur les importations de produits chinois aux USA, ainsi que l’engagement par la Chine d’acheter pour 200 milliards de dollars supplémentaires de biens et services américains dans les deux ans qui suivaient. A travers ces mesures on observe plus clairement le rôle dominant joué par les USA.
Aujourd’hui pour des raisons politiques, mais aussi à cause du coup de la main d’œuvre qui augmente en Chine, certaines entreprises font le choix de délocaliser leur production.
C’est notamment le cas de PSA ou bien d’Apple qui a déclaré que d’ici 2027 50% de ses iphones seraient produit en Inde, aujourd’hui c’est entre 80% et 95 % de ces derniers qui sont produits en Chine, dans les énormes usines de foxconn. Toutefois, est-ce que ces annonces d’Apple sont vraiment réalisables ?
Dans le même temps certaines entreprises occidentales profites des pôles industriel de haute technologie et du marché intérieur pour investir massivement en Chine, et ce malgré la montée des tensions, c’est le cas de Volkswagen (les bourgeois allemand n’ont jamais autant investi en chine), de Exxon ou général motors, des entreprises américaines, qui investissent plus que jamais et sont loin de vouloir laisser leur place dans le marché intérieur aux entreprises chinoises.
Malgré les tensions qui s’intensifient, la chine reste encore une destination privilégiée pour les capitaux étrangers, et les échanges avec les Etats-Unis et les pays occidentaux sont loin d’être coupés.
Qu’est ce qu’il en est de la situation militaire entre la Chine et les USA ?
Aujourd’hui on assiste à une augmentation des tensions entre les USA et la Chine, un “china-bashing” de plus en plus important aux USA, et de l’autre côté en chine, une intensification des mesures et moyens militaires qui laisse à penser que les dirigeants chinois ne veulent pas se contenter de l’ordre impérialiste établit et dominé par les USA depuis près de 80 ans.
Dans les deux pays des propagandes symétriques entre Chine et USA justifient l’augmentation des budgets militaires. Cependant, l’armée chinoise est en dessous de l’image que veulent lui donner les médias bourgeois occidentaux. Elle dispose certes de beaucoup d’hommes, mais en ce qui concerne les armes de hautes technologies, elle est bien en dessous des américains, qui ont avec leur industrie un quasi monopole. Dans tous les domaines, l’armée américaine surclasse celle de la Chine. Les états unis possèdent 11 porte-avions nucléaires, pour 2 ou 3 pour la chine de qualité bien inférieure. De plus, la chine est militairement bien plus isolée que les USA.
En ce qui concerne les bases, les Etats-Unis disposent de plus de 800 bases militaires officielles dans 80 pays, un chiffre qui grandit d’année en année. La chine ne dispose que d’une seule base militaire officielle à djibouti, pays dans lequel la France en possède 4 et les USA plusieures.
Jusqu’à ce jour, la Chine n’a encore jamais projeté de forces militaires à l’extérieur de ses frontières. De plus, elle joue beaucoup moins le rôle de gendarme du monde que les USA occupent aujourd’hui de part leur place d’impérialiste dominant.
De l’autre côté, les Etats-Unis mènent une politique particulièrement offensive contre la Chine. Ça fait des années que des navires américains patrouilles proches des côtes chinoises, alors que l’inverse est quasiment impensable. De plus, La Chine est ceinturée par les
États-Unis qui possèdent des bases en Thaïlande, à Singapour, aux Philippines, en Corée du Sud, au Japon, en Australie, et sur l’île de Guam. La flotte américaine est en permanence sur zone, à l’est de Taïwan, dans l’Océan Indien, ou en mer de Chine méridionale. Dans le même temps 4 nouvelles bases américaines ont été créées aux Philippines en février 2023.
En plus de ses bases, les USA ont renforcé leur coopération militaire avec le Japon, les Philippines, le Vietnam et la Malaisie.
Ce déploiement militaire mis en place depuis 2015 sert à faire pression sur la chine, pour s’assurer qu’elle reste bien dans le cadre toléré par l’impérialisme américain.
Enfin, les Etats Unis ont déployé des forces importantes autour du détroit de Malacca, qui est un point central du commerce maritime chinois, ou plus de 90% du commerce extérieur chinois transite. Avec ces déploiements militaires les USA auraient de quoi interrompre le trafic commercial chinois.
La chine est donc militairement bien plus faible que les Etats-Unis et son armée est avant tout défensive et dissuasive. toutefois, elle mets en places des politiques d’engrènement nationalistes, pour enrégimenter la population : Les principaux exutoires sont Taiwan et les pays occidentaux, riche d’un souvenir du siècle d’humiliation, et en interne, elle met en place un racisme d’etat contre les Ouïghours et les Tibétains. Une telle politique nationaliste est parfaiement adéquate avec la préparation d’un conflit.
On va revenir sur l’actualité internationale brûlante avec les annonces de Trump qui s’extrait du conflit avec la Russie, en laissant les Etats Européens et l’Ukraine à leur sort. Derrière ces déclarations Trump annonce à l’Europe que sa priorité se fixe sur la Chine comme adversaire principal des Etats-unis.
Dans un article datant d’il y a maintenant deux mois, le secrétaire d’Etat américain Marc Rubio a déclaré que la Chine est “l’adversaire le plus puissant et le plus dangereux que les Etats-Unis aient eu à affronter dans leur histoire”.
Il a aussi mis en garde contre la dépendance vis-a-vis de la chine déclarant que d’ici 10 ans la chine aura un contrôle sur toutes les marchandises de consommation américaines, “des médicaments contre l’hypertension aux films que nous regardons”.
Il a conclu en mettant en garde contre une potentielle invasion de Taiwan par la Chine, dont nous parlerons plus tard.
Alors pas étonnant que Trump cherche à se concentrer sur la Chine et réclame à ses amis au sein de l’Otan d’être de meilleurs alliés, et d’augmenter leur budget militaire. C’est d’ailleurs ce qu’il font, avec les déclarations de Macron souhaitant passer à 100 milliards d’Euro de budget annuel, ou bien l’Allemagne qui déclare un investissement de 1 000 milliards dans son armée d’ici 2030.
Sébastien Lecornu, (ministre des armées) est d’ailleurs bien au jus de la politique des Etats-Unis, il a déclaré la semaine dernière sur BFMTV : “ la seule obsession de Washington en ce moment c’est la chine”. Les américains ne peuvent pas mener deux guerres en même temps d’où le départ du conflit en Ukraine.
Toutefois, si l’arrivée de Trump au pouvoir marque la sortie des Etats-Unis du conflit, c’est aussi parce que ce dernier défend une vision de la situation différente de celle tenue par Biden. Il ne souhaite pas se reposer uniquement sur ces alliés historiques, en accordant à Poutine 1 / 6 du territoire ukrainien et une fin de conflit anticipée, il espère faire sortir ce dernier du giron chinois au vu d’un potentiel conflit.
Dans le même temps, ce mardi 4 février, les Etats-Unis ont imposé une augmentation de taxe de 10% sur l’ensemble des produits importés de Chine.
Une attaque qui trouve de l’écho, car la Chine riposte, en augmentant les droits de douane de 15% sur le charbon, le gaz naturel liquéfié, et de 10% sur le pétrole et les machines agricoles.
B. La guerre des semis conducteurs et les conflits autour de Taiwan
Tout à l’heure on évoque le cas de Taiwan, comme épicentre du conflit entre la Chine et les Etats-unis, avec des enjeux technologiques majeurs. On va donc se pencher rapidement sur la situation de Taiwan et sur les enjeux d’innovations liés au conflit, notamment la question des semi-conducteurs.
Taiwan est un pays indépendant de fait, mais dont la souveraineté est reconnue par seulement 14 Etats. Les Etats-Unis eux même ne reconnaissent pas la souveraineté de Taiwan, et elle n’est membre d’aucune institution internationale à part l’OMC.
Pour vous le faire rapidement sur l’histoire, Taiwan naît de la guerre civile en Chine en 1949, Chiang Kai-shek et ses troupes ayant fui sur l’île après leur défaite contre Mao. A partir de ce moment-là Taiwan et la Chine continental revendique chacune la souveraineté sur l’autre, et Taiwan continue de s’appeler “république de chine”. et d’ailleurs jusqu’en 1971, c’est Taiwan qui est reconnu comme la véritable république de Chine à l’échelle internationale, et c’est elle qui occupe le siège de sécurité de l’ONU.
Mais à partir de de cette date, du au rapprochement sino-américain, il y a un changement : c’est la Chine continentale qui occupe le siège et qui est reconnue comme la “Chine légitime” par l’ONU. C’est paradoxalement aussi à ce moment-là que les relations économiques entre les deux pays se réouvrent comme on l’a vu tout à l’heure.
Aujourd’hui, les deux principaux partis Taïwanais défendent un statu quo, Bien que l’un revendique toujours une réunification avec la Chine et la souveraineté de Taiwan alors que l’autre est moins véhément envers la Chine tant qu’il n’y a pas de recours à la force de la part de cette dernière.
Du côté de la Chine continentale, la reconquête de Taiwan est toujours un objectif. Son île offre des débouchés maritimes intéressants, mais aussi des technologies et une industrie de pointe dans le secteur des semi-conducteurs que la Chine convoite, notamment parce qu’ils sont essentiels aujourd’hui dans l’entièreté des nouvelles technologies, notamment militaires. La Chine est à la ramasse sur la course aux semi-conducteurs derrière Taiwan ou la corée du sud, toutes deux alliées des Etats Unis.
Aujourd’hui c’est TSMC, une entreprise taïwanaise, qui est le leader mondiale des semi-conducteurs dont elle possède 60% du marché.
Mais avec la montée des tensions internationales, en 2020, sous l’impulsion des USA, TSMC cesse ses livraisons de semi-conducteurs à certaines entreprises chinoises comme Huawei, et s’engage à construire une usine dans l’Arizona et une en Allemagne. La même année le sénat américain vote un plan de soutien de 170 milliards de dollars consacré à la recherche et au développement des entreprises américaines qui produisent des semi-conducteurs aux USA, pour essayer de limiter leur importation depuis l’Asie. C’est pour ces rivalités qu’on parle de “guerre des puces”.
Mais ces annonces ne mettent pas fin à l’interdépendance des économies et au fait que les USA, tout comme Taiwan, ont encore énormément de capitaux investis en Chine, et d’échanges économiques précieux avec cette dernière, notamment dans les semi-conducteurs. Ainsi, la chine est le premier importateur de semi-conducteurs mondial, ce qui n’est pas étonnant vu qu’elle est à la traîne sur leur production, et sa part sur le marché américain représente 36% des exportations américaines de puces électroniques. Pareil pour ce qui concerne Taiwan, la chine est un des principaux débouchés de l’industrie des semi-conducteurs taïwanaise.
On peut donc se poser la question de si les entreprises américaines et Taïwanaises sont prêtes à se passer de ce marché tout sauf anecdotique ?
Aujourd’hui, la concurrence technologique est au cœur du conflit sino-américain. Pas étonnant donc que Trump stimule le secteur de l’intelligence artificielle dont tous les principaux représentants siégeaient lors de son investiture. En Chine, depuis 2017 un plan de développement de l’intelligence artificielle est lancé avec des objectifs fixés à 2030, un secteur clé aussi bien sur le plan de l’industrie, de la technologie, et du militaire… Ce qui a notamment un grand intérêt pour la création de tank autonomes et de sous-marins autonomes. Aujourd’hui, les GAFAM dominent les BHATX (équivalent des GAFAM mais en Chine ) notamment grâce à leur maîtrise technologique sur le domaine des semi-conducteurs, en partie grâce à Taiwan.
Peut t’on donc s’attendre à un envahissement de Taiwan par la Chine?
Ces derniers temps, on note une multiplication des déclarations et des déploiements militaires chinois dans les eaux taïwanaises, mais il reste peu probable à l’heure actuelle que la Chine se lance dans une telle opération. La conquête de Taïwan ne serait pas une mince affaire : des spécialistes estiment qu’un débarquement à Taïwan nécessiterait 4 fois plus d’hommes que celui de 1944 en Normandie, ainsi que du matériel militaire de pointe dont la Chine ne dispose pas vraiment.
Les échanges commerciaux, et les investissements étrangers toujours dynamiques et importants entre Taiwan et la Chine, mais aussi entre les Etats-Unis permettent aussi de relativiser une invasion de Taiwan par la Chine.
Néanmoins, les dernières annonces de Trump qu’on a évoquées tout à l’heure rappellent qu’un conflit militaire n’est jamais très loin sous le capitalisme.
Avec les annonces de Macron on voit bien que les menaces de conflit ne se cantonnent pas aux deux belligérants principaux et que si un affrontement militaire se déclenche, c’est l’entièreté du monde impérialiste qui va être impliqué. C’est donc une bonne part des capitalistes qui vont chercher à défendre leurs intérêts nationaux, mais c’est surtout la classe ouvrière à travers le monde qui va devoir trimer encore plus, si ce n’est pas directement aller se faire tuer pour des intérêts qui ne sont pas les siens.
Dans la dernière partie on va donc se pencher sur la classe ouvrière chinoise, sa composition, ses luttes et les perspectives pour les travailleurs et travailleuses en Chine, mais aussi dans le monde entier.
III : Quelle réalité pour le prolétariat chinois, sa composition et ses luttes ?
A. composition du prolétariat chinois aujourd’hui.
Aujourd’hui il y a environ 775 millions de salariés en Chine, un chiffre qui est légèrement en baisse depuis la crise du COVID et les fermetures d’usines et les licenciements que ça a engendré. Cette classe ouvrière chinoise, elle est divisée en deux fractions principales, ce qu’on appelle la “vieille classe ouvrière” qui sont les héritiers de l’industrie maoiste dont les familles résident dans les villes industrielles côtières depuis plusieurs générations, c’est un peu la classe ouvrière classique. Et de l’autre côté, la “nouvelle classe ouvrière”, qui est issue de l’exode rural, qu’on appelle souvent “les mingongs” en chinois, et c’est sur cette dernière qu’on va se focaliser ici.
Pour comprendre pourquoi il y a une distinction aussi marquée entre ces deux franges de la classe ouvrière, il faut revenir sur ce qu’est Hukou. En gros, le Hukou c’est un permis de résidence qui est créé en 1958 et qui lie les chinois à leur lieu de naissance : un tampon urbain ou rural, qui se transmet par la descendance du père.
A travers ce Hukou l’Etat chinois crée des travailleurs de seconde zone : les ouvriers d’origine rurale qui n’ont pas de hukou urbain. Parce que sans Hukou conforme, pas de protection sociale, impossibilité de se soigner et impossibilité pour les enfants d’aller à l’école classique… Pas les mêmes droits en matière de rémunération, pas les mêmes conditions de travail, des difficultés d’accès à l’emploi. C’est toute une frange de la classe ouvrière chinoise qui se retrouve dans cette situation, ceux qu’on appelle les mingongs.
Cette frange la plus précaire de la classe ouvrière va apparaître entre les années 1980 et 2000, à la fois à cause de la décollectivisation des terres qui paupérise une partie de la paysannerie, de à la privatisation des entreprises publiques mais aussi de l’ouverture du marché céréalier et des produits agricoles à des entreprises étrangères ce qui fait drastiquement baisser les prix.
Donc les Mingongs c’est des travailleurs migrants issus des zones rurales et agricoles à l’intérieur des terres, qui ne pouvant plus vivre de leur travail, sont contraint de migrer vers les villes industrielles pour y trouver un travail, que ce soit dans les entreprises chinoises ou étrangères, ils sont regroupés par dizaines de milliers dans des usines prisons.
ils étaient 132 millions en 2006, ils étaient environ 387 millions en 2019, et ils sont encore plus aujourd’hui. c’est à la fois la part la plus importante (plus de 50% du salariat chinois) et la plus précaires du prolétariat chinois, et c’est cette force de travail que l’État chinois a offerte à la bourgeoisie chinoise et occidentale depuis 4 décennies.
Pour eux les conditions de vie sont terribles, c’est des “sans papiers de l’intérieur”, ils ne sont toléré en ville qu’aussi longtemps qu’ils travaillent, et si ils sont au chomage trop longtemps, ils doivent retourner dans leur village d’origine. ils sont donc contraints d’accepter des taf très mal payés, dans lesquels ils sont sur-exploités. c’est des proies idéales pour la rapacité des employeurs, d’ailleurs plus de 60% d’entre eux travaillent sans contrat de travail.
Ils bossent majoritairement dans l’industrie, la construction et les services. En 2018 ils représentent 70% des travailleurs de l’industrie manufacturière et 50% des employés dans le secteur tertiaire.
Leur temps de travail est quasi illimité, par exemple dans une usine du Delta de la rivière des Perles : ils taffent entre 12 et 14 heures par jour, 7 jours sur 7, avec 1 seul jour de congé par mois.
Pour la plupart ils ne peuvent pas se payer de logement, ils vivent donc dans les dortoirs des usines, dans des conditions très précaires.
De plus, depuis la crise de 2008, puis du covid, des petites et moyennes usines ont fermé et n’ont pas encore réouvert, de nombreux migrants ont dû repartir dans les campagnes faute de trouver du travail en ville, ou alors sont devenus livreurs à domicile.
Aujourd’hui c’est assez absurde parce qu’il y a une deuxième génération de mingong, les enfants de la première génération, dont certains sont même nés en ville, et donc pour qui le retour à la campagne est quasiment inenvisageable. Pourtant à cause de Hukou ils sont toujours considérés comme des travailleurs de seconde zone.
Que ce soit pour la vieille classe ouvrière des villes où les travailleurs migrants, aujourd’hui les formes du travails sont multiples, en adéquation avec la diversité des secteurs de production en Chine :
D’un côté on a des usines énormes à la Foxconn, avec plusieurs dizaine voir centaine de milliers de travailleurs. Mais aussi des plus petits ateliers à la chaîne, notamment dans la sous traitances, avec une faible mécanisation, comme dans l’industrie du textile.
Auxquels ont voit s’ajouter de nouveaux secteurs tels que les services, la santé, ou bien les livreurs à domicile.
Aujourd’hui le prolétariat chinois est une des principales classes ouvrière dans le monde, avec plus de 700 millions d’ouvriers et ouvrières.
Il y a des gens qui nous disent souvent qu’aujourd’hui la classe ouvrière existe plus, que ça c’était vrai à l’époque de Marx mais plus maintenant, etc, et qu’aujourd’hui il y aurait une classe moyenne qui serait venu la remplacer.
Bon quand on voit le poids de la classe ouvrière aujourd’hui dans des pays comme la Chine,
En réalité notre classe n’a jamais autant existé, il n’y a jamais eu autant d’ouvriers dans le monde qu’il y en a aujourd’hui, et jamais avec une telle concentration que celle qu’il y a par exemple dans les usines Foxconn où t’as plusieurs centaines de milliers de travailleurs et travailleuses dans une seule usine.
Et tout ce que nous on raconte sur la centralité de la classe ouvrière, et sur son rôle en tant que seule force en capacité de renverser ce foutu système capitalisme, c’est clairement
d’actualité et ca n’a d’ailleurs peut être même jamais autant été d’actualité.
Bon maintenant qu’on a vu que cette force, qu’est la classe ouvrière, elle existe belle et bien en Chine, on va pouvoir conclure ce topo en se penchant sur ses luttes, son organisation et les perspectives qui sont devant elle.
B. Luttes et contestations, quelle perspectives pour les travailleurs chinois.
Les mobilisations se multiplient depuis des années en Chine, c’est encore majoritairement des luttes économiques, mais elles tendent, pour certaines, à prendre une vraie dimension politique, que ce soit dans les revendications, l’organisation ou la stratégie.
En chine, il y a une première grosse vague de mobilisations autour des années 2000, notamment en réponse aux réformes du secteur public et aux privatisations qui provoquent entre 30 et 40 millions de licenciements.
Mais c’est avant tout des mobilisations défensives, avec souvent une étincelle qui fait exploser la colère latente, comme des retards de paiement, des problèmes dans les dortoirs ou la cantine de l’usine, etc…
On assiste aussi à l’émergence de luttes au caractère plus politiques, notamment des conflits pour pouvoir avoir des formes de syndicats libres. Parce que le syndicat chinois actuel ne permet pas une organisation des travailleurs en vue de mener des luttes.
En gros en chine il y a un syndicat unique, qui est le seul autorisé par l’etat, c’est la “Fédération nationale des syndicat chinois”, c’est à la fois le plus gros syndicat au monde, 280 000 millions de membres, mais c’est aussi le syndicat du PCC, qui est entièrement lié à l’Etat chinois, C’est une immense bureaucratie qui représente le parti communiste à tous les niveaux du monde du travail, l’organisation compte 470 000 cadres à temps plein, tous membres du Parti, qui jouissent tous d’avantages liés à leur statut.
Dans beaucoup d’entreprises l’adhésion au syndicat est même automatique. Ce syndicat va d’ailleurs refuser d’organiser les mingongs jusqu’aux années 2010.
Donc la plupart des luttes en réalité se font en dehors du syndicat.
Depuis 2010 on assiste à une augmentation du nombre de grèves d’année en année, pour la plupart causées par les conséquences de la crise de 2008. Notamment des luttes pour les salaires :
Par exemple en 2010 il y a une grève qui se lance dans une usine Honda et cette grève va vite s’étendre aux autres producteurs automobiles de la région, il y a alors plus de 60 000 ouvriers de l’automobile en grève qui manifestent en ville.
Le nombre de luttes chez les mingongs va aussi augmenter en partie grâce à la sédentarisation partielle d’une partie d’entre eux.
Avec le temps, l’auto-organisation des ouvriers semble se développer de plus en plus, tout comme les tentatives de coordination entre les luttes. Notamment les mobilisation dans les dortoirs industriels qui regroupent parfois des travailleurs et travailleuses de différentes usines. Il y a aussi une utilisation des nouvelles technologies pour se coordonner.
Par exemple, en juin 2018, les camionneurs ont été appelé à la grève par le biais des réseaux sociaux, contre l’augmentation du prix du diesel, ce qui a causé pleins de petites impacts dans le pays.
En 2022 il y a eu deux mobilisations historiques en Chine :
– Le mouvement des feuilles blanches en novembre 2022 : c’est des dizaines de milliers de manifestants, avec des feuilles blanches ou avec des messages codés qui dénoncent la politique zéro covid et ses mesures autoritaires très fortes en Chine. Il y a des manifestations à plusieurs endroits en Chine de manière simultanée et un mouvement dans environ 200 universités.
La deuxième lutte bien stylé de la même année c’est celle dans les usines Foxconn :
Foxconn c’est une entreprise Taïwanaise qui produit beaucoup de choses en termes d’électronique, c’est le troisième plus gros employeur privé au monde et il embauche plus d’1.5 million de travailleurs rien qu’en Chine. Il y a eu des grosses mobilisations un peu avant noël contre les mesures zéro-covid, mais aussi contre les annonces de retards de paiement et des primes pas payées. Les mobilisations ont pris une ampleur telle que les manifestants ont réussi à enfoncer les barrières de sécurité malgré les flics et la sécurité privé, ils se sont même munis de bar en fer pour affronter les flics. La direction de l’usine était tellement sous pression qu’elle a été contrainte de s’excuser et de justifier l’ absence de prime et de paiement par des problèmes techniques. Elle a fini par verser des dédommagement de 10 000 yuans aux travailleurs et de 15 000 à ceux qui avaient été blessés dans les affrontements, ce qui correspond à 1500 dollars, soit presque 10X le salaire mensuel.
Bon toutes ces mobilisations ont tout de même de grosse limites :
En premier lieu la répression : Toutes formes de politisations du mouvement comme des syndicalistes trop récalcitrant, des tentatives de coordination, ou la création d’ONG ou de syndicat alternatif entraînent une répression très forte.
Il y a aussi une division du prolétariat qui reste très palpable : ville / campagne, ancienne et nouvelle classe ouvrière, travailleurs sédentaires et migrants… Il y aussi un turnover important de la main d’œuvre : certaines usines n’embauchent pas de femmes au dessus de 21 ans, après quoi elles doivent retourner à la campagne. Chez les mingongs en général, beaucoup turnover avec des gens qui reste moins d’un mois dans les usines à cause des conditions de travail.
Enfin la plus grosse limite c’est le manque d’organisation de la classe ouvrière : aujourd’hui à notre connaissance il n’y a pas de parti qui cherche et permet d’organiser la classe ouvrière avec comme objectif de renverser le capitalisme. Il y a quelques ONG telles que le China Labour Bulletin qui cherche à défendre les droits des travailleurs chinois, mais la répression à laquelle font face ces organisations limite leur développement.
Aujourd’hui la crise économique qui frappe la Chine peut avoir des conséquences sur les tensions sociales, le Labour recense plus de 700 actions collectives en Chine pour le premier semestre de 2024 : Cette crise vient remettre en cause des idéaux de réussite qui touchent une partie du prolétariat chinois. Au sein de la classe ouvrière, les plus jeunes et les plus connectés cherchent davantage à s’organiser avec des voies alternatives. On assiste donc à une multiplication des contestations ‘infra-politique” en ligne. Dans une partie de la jeunesse, on voit même des formes de revival du marxisme : des cercles d’étude,il y a meme des étudiants qui ont cherché à se mettre en lien avec des ouvriers en grève il y a quelques années, bon ils ont tous fini en tall mais ça c’est un détail.
En fait aujourd’hui en Chine il y a un bon cocktail explosif, entre une classe ouvrière de plusieurs centaines de millions de membres, avec une certaine expérience de la lutte de classes… et une jeunesse notamment estudiantine pas dupe de la propagande du régime et qui commence à se politiser.
C’est aussi pour ça que les incursions chinoises en eau Taïwanaise et les discours nationalistes, contre Taiwan, les puissances occidentales, mais aussi contre les Ouïghours et les travailleurs migrants, sont des moyens pour Xi Jinping de résorber les tensions sociales qui pèsent de plus en plus en Chine.
Ce qui manque à la classe ouvrière chinoise c’est une organisation communiste révolutionnaire qui serait nécessaire pour mener à bien une révolution qui n’ébranlerait pas uniquement la Chine mais bien le monde entier.
Mais aujourd’hui on est quand même loin de cette situation, par contre avec les rivalité inter-impérialistes entre la Chine et les USA et les tensions qui augmentent de jour en jour c’est très important de tisser des liens avec la classe ouvrière chinoise. Et ça ça commence avant tout en dénonçant et en s’opposant aux campagnes dégueulasses menées par notre propre impérialisme. Notamment pour justifier les licenciements, le gouvernement et le patronat dénoncent la concurrence déloyale de la Chine et ravive des discours racistes contre les travailleurs chinois en criant au “péril chinois”. Ces discours sont d’ailleurs repris par certains de nos faux amis comme les directions syndicales ou le PCF. Mais nous ne nous trompons pas, nous n’avons aucun intérêts communs avec la bourgeoisie française, seule et la classe ouvrière, et ce partout dans le monde, est en capacité de stopper les rivalités inter-impérialistes et les risques de guerre, par ça nous ne pourrons compter que sur nos luttes et celles de nos frères et soeurs de classes à travers le monde!