Les révolutionnaires et l’unité d’action. Retour sur la formulation de la politique de « front unique » par Lénine et Trotsky [Topo WEF Mars 2025]

Le front unique fait encore aujourd’hui beaucoup parler, mais qu’est-ce que c’est et d’où ça vient ? Pourquoi recherchons-nous l’unité d’action ? L’Unité de classe est la condition pour que notre classe prenne son sort en main. Pour cela il faut repartir de Marx « les communistes n’ont pas d’intérêts distincts ».

I) Retour sur le contexte de sa formulation

1) La fondation de l’Internationale communiste (IC) et la scission du mouvement ouvrier

  • La révolution mondiale en Europe suite à l’horreur de la guerre

Les premiers débats sur le front unique ont lieu à moment très précis de l’histoire du mouvement ouvrier, au début des années 1920. L’Europe sort à peine de la Première Guerre mondiale, de son cortège de boue, de sang et de larmes et accouche d’une vague révolutionnaire comme le monde n’en avait jamais vue. La prise de pouvoir par le prolétariat russe suscite l’espoir de toute une génération, et les soulèvements ouvriers submergent la Finlande, la Pologne, l’Ukraine, la Hongrie ainsi que l’Allemagne, l’Italie, etc. L’heure est à la révolution mondiale.

  • Face à la trahison de la social-démocratie et la question du pouvoir, la nécessité de fonder des partis communistes

Cette vague révolutionnaire se heurte au mur de la social-démocratie européenne et des syndicats « réformistes ». Autrefois partis ouvriers marxistes ou syndicats combatifs, ces puissantes organisations ouvrières de masse dans lesquelles de nombreux révolutionnaires se sont formés, comme Lénine ou Rosa Luxembourg, engagent le combat contre toute tentative de prise de pouvoir du prolétariat. Pour ces organisations fondées en temps de « paix » et de développement « pacifique » du capitalisme, le prolétariat européen n’a pas besoin de faire « comme les Russes » en établissant sa « dictature » : la social-démocratie se bat pour la démocratie du peuple, dans laquelle le prolétariat – majoritaire dans la population – peut prendre le pouvoir par la voie électorale. Pour éviter la « guerre civile », les dirigeants sociaux-démocrates vont utiliser leur influence dans la classe ouvrière pour canaliser l’essor révolutionnaire des conseils ouvriers qui se développent dans toute l’Europe, avant d’armer des troupes de choc pour écraser dans le sang les faibles organisations communistes. Ainsi, en Allemagne, le ministre de l’Intérieur et social-démocrate Noske déclare « quelqu’un doit être le chien sanglant ; cette responsabilité ne m’effraie pas » avant de lancer des bandes d’officiers d’extrême droite – les « corps francs » – assassiner Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht en janvier 1919. Le ralliement de la social-démocratie à la bourgeoisie, déjà engagée au début de la guerre mondiale, oblige les communistes à construire leurs propres organisations pour défendre leur politique.

  • Essor extrêmement rapide de l’IC sur fond de division historique de la classe ouvrière

Dans cet objectif, les bolcheviks – qui ont porté la classe ouvrière au pouvoir en Russie – prennent l’initiative de convoquer une nouvelle Internationale en mars 1919. Il s’agit alors de planter le drapeau rouge et de dresser une perspective pour tous ces groupes d’extrême gauche isolés et marginaux dans la classe ouvrière et qui cherchent à s’orienter dans le feu révolutionnaire. Un an plus tard, l’IC est « devenue à la mode » : l’élargissement, l’approfondissement de la révolution européenne, les trahisons de la social-démocratie entraînent des masses toujours plus importantes d’ouvriers dans les rangs de l’IC. Des organisations de masse, réparties dans 37 pays, comme le parti socialiste italien, le parti social-démocrate indépendant allemand, le parti socialiste français demandent à devenir des sections de l’IC : la division du mouvement ouvrier est définitivement consommée : deux partis organisent les ouvriers, les sociaux-démocrates et les communistes.

2) La lutte contre le gauchisme

  • Echec de la première vague révolutionnaire et rétablissement du capitalisme

Cet accroissement irrésistible des effectifs communistes ne signifie pas une victoire directe ou facile. En réalité, la vague révolutionnaire commence déjà à faiblir : la grève générale en Allemagne ne réussit pas à prendre le pouvoir, la république des conseils hongrois est écrasée, tout comme en Bavière, l’avancée de l’armée rouge est stoppée à Varsovie. Le capitalisme reprend des couleurs et se stabilise. Comme le présente Trotsky devant le troisième congrès de l’IC en 1921 : « En 1919, nous disions : “C’est une question de mois.” Aujourd’hui nous disons : C’est peut-être une question d’années. »

  • Quelle politique envers les partis « centristes » ?

Cette relative stabilisation du capitalisme pose un certain nombre de problèmes politiques. Il apparaît évident que les seules forces communistes n’ont pas les moyens de prendre le pouvoir par elles-mêmes (les partis qui vont le tenter vont s’y casser les dents, comme en Allemagne). De plus, la bourgeoisie profite de la situation pour contre-attaquer : baisse de salaires, licenciements, lock-outs, la classe ouvrière est sur la défensive et cherche les moyens de résister.

Une autre donnée notable est le développement de différentes formes de sociaux-démocrates « de gauche », comme en France ou en Allemagne. Ces organisations « centristes » comme les sociaux-démocrates indépendants allemands oscillent entre réforme et révolution. Sous la pression des masses ouvrières qui cherchent à se battre et regardent du côté de l’IC, des pans entiers de la social-démocratie se positionnent en faveur de l’union avec les communistes. Pour Lénine ou Trotsky, il est vital de gagner ces masses ouvrières et ces cadres ouvriers sincèrement révolutionnaires en les extirpant de l’influence des dirigeants sociaux-démocrates confus ou opportunistes, mais pour ça, il ne va pas suffire d’avoir la bonne propagande ou les bonnes idées. Il faut également que les jeunes organisations communistes se libèrent des orientations « gauchistes » qui les entravent depuis leur naissance afin de trouver le chemin vers les masses ouvrières.

  • L’impasse du gauchisme (maladie infantile) et la bataille démocratique au sein de l’IC

En effet, les partis communistes européens se sont formés en pleines insurrections, en butte aux coups de la répression. Ils sont majoritairement composés de jeunes ouvriers et intellectuels n’ayant pas ou peu milité dans la social-démocratie d’avant-guerre. Tout ce qu’ils connaissent de l’action politique, ce sont les barricades et la trahison des « chefs » sociaux-démocrates ou syndicaux. Ainsi, lors de la fondation du parti communiste en Allemagne, la majorité du parti rejette la participation aux syndicats (alors que ceux-ci gonflent de plus de cinq millions de membres en quelques mois) ou aux élections, en disant que « leur » tribune, c’est la rue. Une telle orientation, couplée à l’idée que le pouvoir est « au bout du fusil » et qu’il suffit de prendre celui-ci, marginalise les communistes : les principaux cadres ouvriers d’Allemagne restent dans les rangs de la social-démocratie indépendante « centriste », horrifiés par l’esprit « putschiste » et sectaire du parti communiste.

II) Le front unique en action

1) L’exemple du front unique en Russie en 1917

  • En Russie, la division précoce du mouvement révolutionnaire dans une classe ouvrière sans cadre de « front unique » en dehors des soviets

Pour justifier leur politique, les « gauchistes » prétendent suivre l’exemple des communistes russes : n’ont-ils pas dissous leur assemblée constituante au profit des soviets ? N’ont-ils pas pris le pouvoir avec leurs fusils et organisé les ouvriers dans les soviets plutôt que les syndicats ? En réalité, ils n’ont rien compris, et Lénine va profiter du deuxième congrès de l’IC pour essayer de convaincre les militants gauchistes de la nécessité de s’adresser aux masses par une politique de front unique. Les bolcheviks ont en effet déjà eu à appliquer celle-ci, et l’exemple russe est d’autant plus fort sur les gauchistes que ceux-ci sont les seuls à avoir réussi à prendre le pouvoir. Mais dans quelle contexte les bolcheviks ont-ils mené cette politique ? Tout d’abord, il est important de se rappeler que le mouvement ouvrier social-démocrate russe a connu sa scission bien avant les autres pays européens : dès 1905. Les bolcheviks ont donc construit leur parti avant l’éclatement de la Première Guerre mondiale.

  • La définition claire du parti bolchevik n’empêche pas de prendre au sérieux la question du front unique, à travers les conseils et l’expérience de Kornilov

La révolution de 1905, comme celle de 1917, a mis sur le devant de la scène les soviets (les syndicats étant interdits), organes de front unique par excellence, d’abord pour organiser la grève, puis le pouvoir. A l’intérieur des soviets, les bolcheviks se confrontent aux autres forces socialistes devant l’ensemble des travailleurs, tout en collaborant sur les questions de ravitaillement, l’organisation des grèves, de la réorganisation du travail dans les usines, etc. Les bolcheviks ont notamment mené une politique de front unique contre la tentative de coup d’Etat du général Kornilov en août 1917. Alors que celui-ci cherche à massacrer les soviets, les organisations ouvrières bolcheviks comme socialistes modérées, les bolcheviks appellent à la défense conjointe de Petrograd et mettent toute leurs forces et influences dans la lutte. Il n’est pas question de révolution socialiste, seulement de la défense du gouvernement démocratique – mais bien bourgeois, et répressif – de Kerenski, mais cette orientation permet de mobiliser l’ensemble des ouvriers de Petrograd. Il s’agit pour les bolcheviks non pas de défendre Kerenski contre Kornilov, mais bien de combattre Kerenski en s’opposant à Kornilov. L’expérience de la lutte et de ses suites permet aux bolcheviks de gagner la majorité du prolétariat de Petrograd : en effet, alors que ceux-ci proposent aux autres socialistes de profiter du recul de la réaction bourgeoise pour mettre un place un gouvernement socialiste soviétique, dans lequel les bolcheviks constitueraient une opposition « loyale », les mencheviks et socialistes-révolutionnaires invitent à nouveau des bourgeois dans leur gouvernement. A travers cet exemple de la politique menée par les bolcheviks, Lénine interpellait déjà dans son ouvrage La Maladie infantile du communisme les délégués gauchistes pendant le deuxième congrès de l’Internationale : « Avions-nous raison ou non ? Ou aurions-nous dû laisser Kornilov triompher en refusant de mener une politique de front unique ? »

2) Du gauchisme au front unique

  • Les difficultés de la construction du parti allemand en pleine révolution et les dégâts du « putschisme »

La politique du front unique n’est pas exclusivement russe. Les bolcheviks trouvent par exemple comme partenaires la majorité de la direction du parti communiste allemand, à travers Paul Levi ou Clara Zetkin. Ceux-ci sont confrontés à la prolifération d’éléments gauchistes dans leur parti, qui posent un certain nombre de problèmes politiques. Ainsi, alors qu’une tentative de coup d’Etat militaire frappe l’Allemagne en mars 1920, les gauchistes font publier par la presse du parti communiste une déclaration mettant au même niveau dictature et démocratie bourgeoise : les ouvriers n’ont pas à se battre contre la dictature, au moment même où la grève la plus importante de l’histoire est en train de se développer ! Le parti communiste étant, il faut le dire, à la ramasse, c’est un dirigeant syndical réformiste qui va organiser la lutte contre l’armée et réussir, malgré la constitution d’une forme d’armée rouge dans la Ruhr, à canaliser l’essor ouvrier à la simple défense de la République.

  • La montée révolutionnaire au sein des masses « indépendantes », l’enjeu de la fusion avec le parti social-démocrate indépendant d’Allemagne (USPD) « de gauche » et sa réussite

L’agitation ouvrière de cette séquence va avoir comme conséquence le renforcement de la gauche social-démocrate, qui se rapproche de plus en plus de l’IC. Pour les dirigeants du parti communiste d’Allemagne (KPD), comme pour l’exécutif de l’IC et Lénine, il faut gagner ces centaines de milliers d’ouvriers conscients, tout en faisant attention à ne pas intégrer des dirigeants centristes à la direction du parti communiste. Ainsi, lors du deuxième congrès de l’IC, auquel certains dirigeants du parti social-démocrate indépendant demandent leur affiliation à l’Internationale, celle-ci leur demande d’accepter 21 conditions : au nombre desquelles la nécessité de construire un appareil illégal et clandestin, la mise en place de la propagande dans l’armée, l’exclusion des dirigeants réformistes comme Bernstein ou Kautsky et de publier l’ensemble des résolutions de l’Internationale. Plus de la moitié des militants de l’USPD acceptent ces conditions et entament la fusion avec le KPD : l’organisation communiste est devenue un parti ouvrier de masse !

  • Le barrage du gauchisme et les conséquences de l’action de Mars

Passer d’une organisation de 50 000 membres à 400 000 ou 500 000 membres, cela a de quoi faire tourner la tête ! Imaginez donc : vous êtes un militant du KPD, vous avez vécu la guerre mondiale, les combats de rue, la chute de l’Empire, les massacres des Freikorps, vous avez fait confiance à votre direction qui vous a dit d’attendre, que vous n’étiez pas assez forts pour prendre le pouvoir et là arrive la plus grosse grève que vous ayez jamais connue, et 250 000 militants expérimentés vous rejoignent en peu de temps avec l’envie d’action et de faire la révolution.

Là, il faut y aller non ? Même si la grève est finie depuis des mois et que l’ambiance dans la classe ouvrière n’est plus au soulèvement, la direction du KPD se laisse convaincre qu’il n’est pas trop tard pour passer à l’offensive, qu’il serait criminel de ne pas saisir l’occasion pour prendre le pouvoir. Ce sentiment est renforcé par le recul en arrière de la révolution russe : une partie de l’Internationale pense que le seul moyen d’éviter la NEP (Nouvelle Politique économique : retour du capitalisme dans les campagnes, qui est une concession faite à la petite-bourgeoisie) se trouve dans une insurrection allemande. Même s’il n’y a pas d’ambiance à l’offensive dans la classe ouvrière, la direction néo-gauchiste du KPD imagine qu’il faut organiser de faux attentats contre des représentants communistes pour « activer » les masses. Le 20 mars 1921, la presse du parti va jusqu’à publier un éditorial titré « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi – Un mot aux ouvriers sociaux-démocrates et indépendants », les militants communistes sont envoyés bloquer les usines et frapper les ouvriers qui souhaitent aller travailler, c’est à dire la majorité de la classe ouvrière. Ce « coup » de mars 1921 (qu’on appelle « l’action de Mars » et s’apparente à une tentative de coup d’Etat et sera dénoncée comme telle par les sociaux-démocrates), préparée sans aucun lien avec le mouvement réel des masses échoue pitoyablement faute de soutien véritable dans la classe ouvrière et de participation consciente de celle-ci. L’influence du KPD s’effondre, il perd plus des deux tiers de ses militants, ses dirigeants sont emprisonnés et la moitié du parti indépendant, qui n’avait pas rejoint les communistes, adhère au parti social-démocrate.

  • Le troisième congrès de l’IC

Pour Lénine et Trotsky, la situation en Allemagne est très préoccupante : le désastre allemand démontre l’immaturité des partis communistes européens, il faut acter une nouvelle orientation pour empêcher une déroute totale. Le troisième congrès de l’IC en 1921 est l’occasion d’une lutte politique entre les partisans du front unique et les « gauchistes ». L’heure n’est plus à la scission pour former des organisations communistes en pleine vague révolutionnaire, il faut partir à la conquête des masses dans un contexte de stabilisation du capitalisme. Cette nouvelle orientation va prendre le nom de « front unique », mais qu’est-ce que c’est ?

Il faut partir de la base. Pour la première fois de l’histoire, la classe ouvrière est profondément divisée politiquement entre réformistes et communistes. Cette division pèse sur les capacités de lutte de la classe ouvrière : impossible de faire ne serait-ce qu’une grève si les communistes ou sociaux-démocrates refusent de participer, les ouvriers le comprennent bien. Or, la bourgeoisie multiplie les attaques : seule une classe ouvrière unie est capable de résister. Comment réaliser cette unité ? Les sociaux-démocrates ne sont pas prêts à se battre pour un pouvoir ouvrier hors de la légalité bourgeoise, mais ils sont prêts à se battre pour conserver leur pain quotidien, pour se défendre face aux patrons, aux bandes d’extrême droite, pour leurs droits démocratiques. En proposant aux masses sociales-démocrates de se battre pour ces objectifs partiels, les communistes peuvent réaliser l’unité de la classe ouvrière dans la lutte. C’est dans la lutte que les ouvriers prendront confiance en leur force, se confronteront aux limites imposées par la société bourgeoise, aux trahisons des dirigeants ouvriers réformistes. En luttant côte-à-côte avec les ouvriers sociaux-démocrates au sein de la masse ouvrière, il ne s’agit pas de « plumer la volaille » comme le comprennent certains gauchistes, mais d’une tactique visant à augmenter le niveau général de conscience de la classe ouvrière et cela ne peut être que positif pour les communistes sur le long terme. Evidemment, une telle politique est jugée inacceptable pour les « gauchistes » de l’IC, celle-ci nécessitant en effet que les communistes s’adressent non seulement aux ouvriers sociaux-démocrates du rang, mais aussi à leur direction dans l’objectif de passer des accords de lutte, sans quoi les ouvriers ne bougeront pas – s’il s’agissait seulement de s’adresser à eux par-dessus la tête de leurs chefs, ça ferait longtemps que la révolution aurait eu lieu. Mais en parallèle, les communistes ne doivent pas abandonner leur propagande et leur analyse de la situation : ce n’est pas parce qu’on s’allie avec les sociaux-démocrates qu’on abandonne la perspective du pouvoir et qu’on arrête de critiquer ceux-ci quand ils trahissent les ouvriers, même si une telle critique est insupportable pour les bureaucrates. Bien au contraire ! Non seulement on n’abandonne pas la politique indépendante mais on la renforce ainsi !

La lutte politique au sein de l’Internationale est rude : les gauchistes sont nombreux et se permettent même de traiter Lénine et Trotsky « d’opportunistes et droitiers ». On est loin de l’Internationale du temps de Staline, où elle n’est qu’une chambre d’enregistrement des consignes de la bureaucratie soviétique : l’Internationale de Lénine et Trotsky est vivante et démocratique et c’est difficilement que les partisans du front unique obtiennent la majorité. L’ensemble des partis communistes s’engagent dans cette nouvelle politique.

  • Les réussites allemandes du front unique

La victoire politique des partisans du front unique va offrir au parti allemand la possibilité de s’adresser à nouveau aux masses ouvrières alors que la situation se tend rapidement dans le pays. En effet, la crise de 1923 approche, et les capitalistes s’attaquent violemment aux conditions de vie des ouvriers. Le KPD devient le champion de l’unité ouvrière et prend la tête de nombreux conseils ouvriers ou sections syndicales. Il entraîne avec lui des bouts du parti social-démocrate, des centaines de milliers d’ouvriers dans des grèves contre les licenciements et baisses de salaires, dans la constitution systématique de conseils ouvriers et de milices (appelées « centuries ») sur l’ensemble du territoire. En Allemagne centrale, dans la Saxe et Thuringe, les communistes vont jusqu’à constituer des gouvernements avec la social-démocratie de gauche, dans l’optique de désarmer les bandes d’extrême droite et d’armer les ouvriers. En quelques mois, le KPD redevient une organisation de masse au sein de la classe ouvrière : à la veille de l’octobre 1923, tout le monde s’attend à une révolution ouvrière dirigée par les communistes.

Malheureusement, la révolution allemande échoue sans combat. La défaite va avoir des conséquences tragiques, alors qu’elle s’effectue au même moment que la mort de Lénine et le développement de la bureaucratie en Union soviétique, qui va abandonner rapidement la politique de front unique.

III) Front unique versus Front populaire

1) L’impact du stalinisme, l’abandon du front unique et sa perversion

  • La bureaucratie prend le pouvoir en Russie et dans toute l’Internationale, les artisans du front unique sont expulsés

Suite à la mort de Lénine, L’IC se bureaucratise de plus en plus. La théorisation du « socialisme dans un seul pays » amène à ne plus défendre coûte que coûte l’internationalisation de la révolution. L’IC n’a plus pour boussole la révolution communiste internationale, ainsi elle se retrouve à faire de nombreux zigzags politiques pour chercher à conserver sa couche sociale qu’est la bureaucratie. Cela l’amènera à plusieurs épisodes de trahison de la classe ouvrière comme c’est le cas en rendant possible l’écrasement de la révolution chinoise en 1927 pour maintenir une alliance avec le général Tchang Kaï-chek.

A partir de 1928, l’IC théorise l’entrée dans une nouvelle ère qualifiée de « troisième période », ses membres défendent la politique de classe contre classe. La Troisième Internationale théorise une certaine forme de radicalisation des masses la poussant à chercher à agiter et à passer à « l’action révolutionnaire ». En réalité, cette politique ne s’appuie sur rien d’autre que les problèmes « internes » à la Russie soviétique : Staline, en lutte contre les koulaks (paysans riches) cherche à se faire plus gauchiste que les gauchistes pour faire oublier tous ses tournants droitiers des dernières années. Trotsky combat cette orientation qu’il pense profondément erronée, et pourtant suivie aveuglément par l’ensemble des partis communistes, qui utilisent des exemples erronés pour suivre la politique du chef Staline.

Cette théorisation va mener à de graves erreurs et participer à isoler le KPD. Les militants socialistes et réformistes sont traités de « social-fascistes ». Les militants communistes allemands, au lieu de chercher à lutter contre le fascisme qui commence à frapper à la porte, vont passer plus de temps à tirer sur les socialistes qui sont, selon eux, leurs vrais ennemis.

  • La politique de la troisième période et le sectarisme bureaucratique, l’effondrement des effectifs des partis communistes et de leur autorité, Trotsky propose un front unique face au fascisme

Pourtant, pendant que le KPD est occupé à taper sur la social-démocratie, le parti d’Hitler monte dans les urnes et l’opinion publique, lors des élections régionales de décembre 1929, le part national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) triple son score de 1928, et fait 11,3 % des voix.

Lors des élections du Reichstag de 1930, le KPD réussi à atteindre 1,3 million de voix (le parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), lui, perd de nombreux votes) alors que de l’autre côté de l’échiquier politique, le NSDAP réussit à atteindre 5,6 millions de voix (ce qui en fit la deuxième force du Reichstag, avec 107 sièges). Le KPD, au lieu de constater l’importante progression du NSDAP, ne s’arrête que sur son propre score, en ignorant totalement l’écrasante percée du parti hitlérien.

L’attitude de la direction du parti démontre une incompréhension totale du danger que représentait le NSDAP. Les communistes utilisèrent ainsi le terme « fascisme » à tort et à travers. Le fascisme servait, pour la direction du KPD, à qualifier quasiment tous les autres partis présents au parlement, ce qui revenait à masquer la particularité que représentait alors le parti nazi. Pour le KPD, la lutte contre le fascisme était tout autant une lutte contre le SPD que contre le parti nazi. C’est notamment la thèse du « social-fascisme », de l’IC, qui servait d’appui théorique à cette attitude. Tout travail commun entre le SPD et le KPD était donc rendu impossible.

Le SPD n’a pas fait mieux. Le chef du SPD, Otto Wels, déclarait : « Le bolchévisme et le fascisme sont frères. Ils se fondent sur la violence, sur la dictature, puissent-ils encore se prendre pour des socialistes et des radicaux. »

Le KPD refusa donc de travailler avec les sociaux-démocrates jusqu’à ce que cette question ne se pose même plus, et que le NSDAP prenne le pouvoir.

Face à cette politique, Trostky a cherché à opposer la possibilité d’appliquer le front unique.

Un front unique aurait par ailleurs permis au KPD de démontrer aux ouvriers proches du KPD qu’il était le plus à même de mener une réelle politique antifasciste. Pour en faire la démonstration, il fallait mener une activité politique commune, comme l’écrivait Trotsky en 1931 : « Il faut se retourner contre le fascisme en formant un seul front. […] Il faut montrer dans les faits le plus grand empressement à conclure avec les sociaux-démocrates un bloc contre les fascistes partout où ils sont prêts à adhérer à ce bloc. Quand on dit aux ouvriers sociaux-démocrates : “Abandonnez vos chefs et rejoignez notre front unique en dehors de tout parti”, on ne fait qu’ajouter une phrase creuse à des milliers d’autres. Il faut savoir détacher les ouvriers de leurs chefs dans l’action. Et l’action maintenant, c’est la lutte contre le fascisme .Il ne fait aucun doute qu’il y a et qu’il y aura des ouvriers sociaux-démocrates prêts à se battre contre le fascisme au coude-à-coude avec les ouvriers communistes, et cela indépendamment et même contre la volonté des organisations sociales-démocrates. […] La majorité écrasante des ouvriers sociaux-démocrates veut se battre contre les fascistes mais, pour le moment encore, uniquement avec son organisation. Il est impossible de sauter cette étape. Nous devons aider les ouvriers sociaux-démocrates à vérifier dans les faits – dans une situation nouvelle et exceptionnelle -, ce que valent leurs organisations et leurs chefs, quand il s’agit de la vie ou de la mort de la classe ouvrière. »

La politique du front unique s’adressant aux militants ouvriers du SPD notamment, leur proposer des action communes, de combattre le fascisme dans la rue par des manifestations, potentiellement par des grèves, aurait été la seule politique possible pour permettre de gagner contre le fascisme. Les sociaux-démocrates étaient des traîtres qui cherchaient à faire échouer toute tentative de révolte, en la canalisant dans les urnes. Mais le fascisme cherchait à écraser toute organisation ouvrière. Il fallait chercher à le combattre ensemble, tout en continuant à être délimité politiquement. Bref frapper ensemble et marcher séparément.

  • Victoire du nazisme, zigzag et déploiement des Fronts populaires, antithèse des fronts uniques

Face à cette montée en puissance du fascisme en Europe, l’IC va prendre un nouveau tournant. Dans le sillage du Front populaire en France, elle va se mettre à soutenir les alliances électorales non seulement avec les organisations socialistes réformistes – mais aussi avec des partis bourgeois (!) – en prétendant que c’est la manière de combattre le fascisme. On retrouve là un énième zigzag de l’IC, qui après avoir défendu le front unique, puis la théorie de classe contre classe, se retrouve à défendre des alliances électorales interclassistes sans perspective réelle de lutte pour la classe ouvrière.

La réalité derrière cet énième revirement, c’est qu’en 1934, les préoccupations de Staline ont changé : face à une possible attaque de l’URSS par l’Allemagne nazie, il recherche désormais des alliés auprès des démocraties bourgeoises comme la France et l’Angleterre. En 1935, Staline et Laval signent un pacte d’assistance mutuelle. C’est ce virage à 180 degrés qui explique l’intégration du parti communiste dans une alliance électorale regroupant la section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) et le parti radical, bourgeois.

L’alliance électorale et politique va finalement pousser les communistes à se compromettre, à semer des illusions qui finiront par renforcer la croyance qu’un combat est possible par les urnes contre le fascisme. Cette collaboration de classe va en réalité affaiblir la classe ouvrières.

En 36 en France, la trahison du Front populaire est violente ; le programme du Front populaire est signé par le parti communiste sans participation au gouvernement. Très vite dans l’année de fortes grèves éclatent pour obtenir les congés payés, la baisse du temps de travail, de meilleures conditions de vie. Alors que la bourgeoisie s’inquiète et fait d’importantes concessions pour éviter d’être renversée par la vague révolutionnaire, le parti communiste, qui a participé au Front populaire appelle à conclure la grève. C’est à ce moment que Maurice Thorez prononce sa fameuse phrase : « Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue. » Une fois la grève finie, la bourgeoisie va réussir à reprendre ce qu’elle a donné sous la pression, et bien plus encore, au point où l’Assemblée issue des élections de 1936 va voter les pleins pouvoirs à Pétain en 1940.

2) Le front unique peut-il être électoral ?

  • L’impasse du Front populaire n’est pas électorale, elle est politique

Pour autant, ce qui est important à comprendre c’est que l’impasse du Front populaire ne se trouve pas dans le fait qu’il s’agit d’une alliance électorale, qui peut se poser tactiquement à un moment précis, elle réside sur le plan politique. La compromission des organisations communistes qui se mettent soudain aux services de la bourgeoisie, c’est ce qui en fait une trahison. Le fait de ne pas chercher à proposer une politique indépendante à la classe ouvrière sur le terrain des luttes alors qu’une grève générale explose, c’est bien ça qui est criminel.

D’ailleurs, cette politique de compromission se produira dans d’autres circonstances, non sur le plan électoral : le parti communiste chinois (PCC) suivant sans la contester la politique du Kuomintang, organisation nationaliste derrière laquelle il s’est rangé pour des raisons tactiques, va écraser la révolution chinoise et massacrer de nombreux ouvriers et paysans. Le problème de fond c’est bien la politique suiviste, et le fait qu’à aucun moment le PCC n’ait proposé une politique aux prolétariat qui va être criminel.

  • Le front unique jusqu’aux élections, l’exemple de 1923

Encore une fois, des exemples comme la révolution chinoise ou encore le Front populaire de 36 démontrent que les problèmes que nous dénonçons sont d’ordre politique et non de savoir si le problème est de participer à des élections avec des organisations ouvrières réformistes. D’ailleurs à certains moments précis, le front unique pourrait aller jusqu’aux élections à condition d’en respecter les « critères » pour rester indépendant, continuer à proposer une politique et entraîner derrière soi des travailleurs derrière des objectifs précis.

IV) Quelles leçons pour les révolutionnaires aujourd’hui ?

  • La nécessité continue d’une politique « unitaire »

Aujourd’hui l’on nous ressert la nécessité d’un front unique ou front populaire contre le fascisme qui serait à nos portes. Qu’en dit-on ? Dans la période que nous traverons, caractérisée par l’offensive de la bourgeoisie, le renforcement de l’extrême droite, qui progresse sur le terrain institutionnel, avec Trump, Meloni, Orban, la percée de l’AfD en Allemagne, le RN en France. Nous assistons à une montée des idées réactionnaires mais ce n’est pas le fascisme.

Si le rapport de force face à la bourgeoisie est aujourd’hui clairement défavorable à la classe ouvrière, notre camp social se bat partout dans le monde : aux Etats-Unis avec les 25 000 grévistes de l’automobile, la plus grande grève générale qu’est connue l’Inde en 2020-2021, au Bengladesh l’été dernier avec les mobilisations qui ont fait chuté le gouvernement, le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien et les manifestations de masse au printemps 2023 contre la réforme des retraites, etc.

Il y a des mobilisations et des réactions. Alors dans cette situation, où le  rapport de force nous est défavorable mais où la classe ouvrière et la jeunesse sont loin d’être à genoux, il y a la nécessité de se battre et d’être mobilisés de manière unitaire dans la rue. Pourtant, malgré ces données, ce qui nous a été proposé aux dernières élections c’est une alliance électorale qui a réveillé le parti socialiste et semé des illusions, mais sans permettre une vraie réponse de la rue.

Le Nouveau Front populaire et les alliances électorales qui existent, ce ne sont pas le front unique ouvrier mais une coalition électorale « de gauche » avec des partis bourgeois : c’est un piège pour les travailleurs. C’est une erreur d’analyse et cela sème des illusions importantes. Créer des illusions a un effet contradictoire : il donne le crédit de partis révolutionnaires, de partis des travailleurs, aux réformistes qui finiront par trahir.

Aujourd’hui, il faut combattre ces idées par la rue et par les mobilisations. Les alliances électorales, au-delà d’être tout sauf un front unique, ne renforce que la gauche réformiste.

  • Quels cadres de front unique ?

La logique du front unique reste d’actualité aujourd’hui, parce que c’est une question tactique qui peut permettre de faire progresser la conscience de classe, d’obtenir des victoires ou de faire des expériences. Même si il se pose dans un contexte très différent de l’époque où il a été théorisé : les organisations révolutionnaires n’ont évidemment plus le même poids, les organisations réformistes, dont on peut d’ailleurs questionner la nature « ouvrière », non plus. Nous n’avons évidemment pas la taille ou l’influence pour nous adresser, par exemple, à la direction de la CGT : nous pouvons l’interpeller autant que nous voulons, ce n’est ni convainquant pour elle ni pour les travailleurs. Ce n’est pas pour rien si on trouve écrit, dans les Thèses adoptées sur le front unique par le troisième congrès de l’IC, l’idée que le front unique est avant tout une tactique : « Là où le parti communiste représente une force massive, où son influence s’étend au-delà des cadres de ses organisations propres de parti, sur les larges masses ouvrières ». Trotsky répète cette idée dans son texte de 1922 « Le front unique et le communisme en France », dans lequel il écrit : « Dans les cas où le parti communiste ne représente encore qu’une minorité numériquement insignifiante, la question de son attitude à l’égard du front de la lutte de classe n’a pas une importance décisive. Dans ces conditions, les actions de masse seront dirigées par les anciennes organisations, qui, en vertu de leurs traditions encore puissantes, continuent à jouer le rôle décisif. »

Mais ce n’est pas parce que le front unique de l’IC n’est pas possible aujourd’hui (au sens d’une politique visant à l’unité d’une classe ouvrière divisée politiquement entre deux courants d’influence plus ou moins équivalente et dont la division paralyse la classe ouvrière) que les révolutionnaires ne doivent pas se poser la question : quelle politique unitaire, par exemple, comment regrouper des secteurs combatifs pour essayer d’en entraîner d’autres, ou chercher à nous lier à d’autres milieux que le nôtre ?

La question se pose d’ailleurs à plusieurs niveaux et sous bien des aspects. Nous avons raison de participer et d’impulser des cadres unitaires avec d’autres organisations « de gauche » à partir du moment où ceux-ci ne nous empêchent en rien de porter notre politique, voire nous permettent de prendre des contacts et d’amplifier notre portée. C’est notamment ce qu’on a tenté de porter avec l’inter-orga Palestine, qui visait à trouver des partenaires pour affirmer une position commune de soutien à la Palestine en indépendance des courants nationalistes bourgeois, et à assurer l’existence de manifestations de rue – jusqu’aux tribunaux bourgeois !

Par cette orientation, et par la mobilisation des forces du NPA-R, nous sommes aujourd’hui une composante modeste mais reconnue du mouvement Palestine. Nous avons une politique identifiable, nos cortèges sont rejoints par de nombreux manifestants qui ne sont pas au NPA-R et comprennent nos orientations.

Ce cadre nous a permis de localement impulser des collectifs de solidarité dans les lieux de travail (Soignants pour Gaza) et d’études (facultés et lycées à Créteil). On retrouve cet état d’esprit dans les inter-orga jeunes, regroupant des organisations de jeunesse réformiste type LFI, syndicats étudiants, qui ont permis d’appeler à la date de mobilisation de décembre sur Palestine, mais sur nos mots d’ordre.

Dans les luttes des travailleurs, nous cherchons à organiser des assemblées générales et comités de grève, organes nécessaires à la démocratie ouvrière, mais qui peuvent aussi servir de petits cadres de front unique, à condition que ceux-ci soient suffisamment forts pour entraîner d’autres forces politiques ou syndicales. A l’étape où nous nous situons, seules des équipes de travailleurs en lutte – organisés dans des comités de grève ou parfois dans des collectifs – capables d’en appeler à d’autres sont en mesure de tordre le bras aux bureaucraties syndicales et « réformistes ».

  • Le pôle des révolutionnaires n’est pas un front unique mais une nécessité

Mais, au-delà du front unique, il y a une idée sur laquelle il faut conclure : la question du pôle des révolutionnaires. Ce que nous cherchons aussi aujourd’hui dans la période pour faire face aux offensives, c’est le regroupement des révolutionnaires. Ce n’est pas le front unique, mais c’est une manière de construire le parti communiste révolutionnaire dont on a besoin et qui aurait peut-être davantage de moyens de s’adresser aux autres organisations « réformistes » et à la majorité de la classe ouvrière.

Nous disions au moment du congrès en parlant de la politique sur les licenciements, et de la nécessité de se regrouper : « Aucune organisation révolutionnaire n’a, à elle seule, les moyens de le faire ? Raison de plus pour qu’elles s’efforcent d’agir ensemble, se regrouper. A un moment où les partis de gauche et les directions syndicales sont aux abonnés absents, […] ce pôle acquerrait un contenu visible et pourrait rapidement gagner en influence en proposant une politique offensive aux travailleurs. […] Le NPA-Révolutionnaires n’est pas une fin en soi. Nous sommes convaincus que nous ne sommes qu’une des branches d’un futur parti communiste révolutionnaire des travailleurs et des travailleuses. Tous nos efforts sont tournés vers cette perspective que partagent de nombreux autres militants révolutionnaires en France et dans le monde. C’est conscients de cette situation que nous affirmons notre volonté d’œuvrer à la construction d’un pôle des révolutionnaires. Les flux et les reflux de l’activité du prolétariat ne dépendent pas de nous. Mais il nous appartient de refuser l’émiettement des courants communistes révolutionnaires. Loin de la recherche d’une unité de façade, nous pensons que des interventions communes décupleront le moral et les chances de succès des travailleurs pour les luttes à venir. C’est le creuset où pourrait se forger une direction révolutionnaire. C’est une perspective politique à défendre sur tous les terrains, y compris lors des échéances électorales à venir. » Ces phrases sont plus que jamais d’actualité !