Introduction
I. Le marxisme : une philosophie humaniste et athée
A. Les jeunes hégéliens, Feuerbach et Marx
B. La religion comme aliénation
C. La rupture avec les jeunes hégéliens
II. Le rôle des religions dans les sociétés précapitalistes
A. Les religions de la nature et les sociétés sans classes
B. Les sociétés de classe et la religion
C. Le rôle des religions dans les révoltes et le rapport des religions aux opprimés
III. Le statut de la religion dans la société capitaliste et l’attitude des révolutionnaires
A. La bourgeoisie montante face à l’église
B. La religion au service de l’ordre social
C. La religion et les tâches des révolutionnaires
Conclusion

Introduction

En arrivant au pouvoir, Donald Trump a créé un “bureau de la foi” à la maison blanche, nommant à sa tête ce qu’il appelle “sa conseillère spirituelle”, Paula White. Cette chrétienne évangélique s’est faite connaître en prônant la “théologie de la prospérité”, dans laquelle la richesse est un don de Dieu, et la pauvreté une punition venue du ciel. Trump aime à répéter que sa victoire est liée au fait que “Dieu m’a sauvé”. Trump a fait donc des bons résultats dans la partie religieuse de l’électorat, séduite par ses propositions conservatrices. Si l’extrême-droite n’est pas toujours ouvertement religieuse, la montée des idées réactionnaires s’accompagne aussi d’un retour sur la scène politique des courants religieux. Bolsonaro ne cache pas sa sympathie pour les évangélistes brésiliens, Meloni pour les catholiques, Modi affirme haut et fort son hindouisme, sans parler de la floraison de leaders islamistes, en Syrie ou en Afghanistan pour ne citer qu’eux. Se revendiquer de ces religions est souvent un moyen de désigner un groupe à exclure, souvent les migrants, pour mieux diviser la classe ouvrière. 

Au-delà des gouvernements plus ou moins religieux, il faut noter que la religion reste un phénomène de masse, notamment dans des pays qui ne sont pas des pays riches ayant connu une certaine sécularisation (en gros la séparation Eglise/Etat) comme la France. Au-delà de simples croyances, la religion implique aussi une certaine vision du monde, un mode de vie, et souvent aussi un fort marqueur d’appartenance à un groupe qui touche donc largement les classes populaires à travers le monde. Et ces idées ne peuvent être relayées et défendues que par des institutions religieuses, qui se caractérisent par leur attachement inconditionnel à l’ordre social existant. C’est donc pour les révolutionnaires que nous sommes un problème politique d’une importance fondamentale. Cela d’autant plus quand des explosions sociales se heurtent à des adversaires religieux comme en 2022 en Iran, ou quand une révolte qui s’essouffle laisse un espace politique à des dirigeants religieux, comme dans les printemps arabes. Même dans un pays comme la France, dans nos activités militantes, par exemple dans des grèves, nous pouvons être amenés à nous confronter à des militants religieux, ou à discuter avec des jeunes et travailleurs influencés par différents préjugés religieux. 

En plus des ces enjeux politiques, il faut souligner qu’en tant que militants du NPA-Révolutionnaires, nous nous revendiquons du marxisme, qui s’est dès le début construit autour d’une critique de la religion et d’un athéisme militant. En plus d’être une analyse économique de la société capitaliste, le marxisme est aussi une philosophie matérialiste, et donc une certaine représentation du monde qui exclut l’existence de Dieu. L’idée que les travailleurs peuvent renverser cette société d’exploitation suppose une confiance dans la capacité de l’humanité à diriger sa destinée, sans avoir besoin de patrons, de sauveur politique, et encore moins d’un sauveur suprême venu d’un autre monde. 

Le déroulement de ce topo sera donc le suivant : nous commencerons par aborder brièvement les fondements athées de la philosophie de Marx, pour ensuite expliquer le lien de la religion avec les sociétés de classe, et enfin conclure en analysant le rapport de la religion au capitalisme et les tâches politiques des révolutionnaires sur la question de la religion.

I. Le marxisme : une philosophie humaniste et athée

A- Les jeunes hégéliens, Feuerbach et Marx

Pour commencer, il faut expliquer dans quel contexte social et intellectuel évolue Marx. L’Allemagne de l’époque est un pays encore féodal par bien des aspects, où les idées de la révolution française ont peu pénétré. L’aristocratie terrienne, la bureaucratie de l’État, et la religion sont vus alors par une partie de l’intelligentsia bourgeoise attirée par les idées des Lumières comme des obstacles à une société émancipée. Marx est issu de ce milieu, et se retrouve à l’université entouré d’un groupe appelé les Jeunes Hégéliens ou hégéliens de gauche, qui sont séduits par la philosophie de Hegel car justement elle incarne les idées rationalistes, universalistes et progressistes de la révolution française. Cela va les amener à aller plus loin que Hegel et à critiquer certaines de ses idées. Hegel était resté un défenseur de la religion luthérienne (même s’il en présentait une version assez peu orthodoxe) et de l’Etat prussien, ce que vont critiquer ces jeunes hégéliens. C’est aussi l’époque où les récits bibliques sont de plus en plus analysés avec des méthodes historiques, ce qui aboutit à voir Jésus plus comme un homme que comme la divinité incarnée.

Le plus connu d’entre eux s’appelle Ludwig Feuerbach, philosophe et auteur du livre L’essence du christianisme. Dans ce livre, Feuerbach montre que les qualités attribuées habituellement à Dieu (puissance, amour) sont en réalité des qualités humaines que l’on projette sur un être imaginaire, Dieu. En mettant en avant l’expérience sensible plutôt que l’Idée Absolue de Hegel, Feuerbach produit une critique matérialiste de la philosophie religieuse. L’intérêt à ses yeux du christianisme, qui identifie Dieu et l’homme en la personne de Jésus, est de montrer que le secret de la religion se trouve dans l’étude de l’homme lui-même. C’est notamment cette idée qui va profondément inspirer Marx, et qu’il va approfondir.

Au fond, les débuts intellectuels de Marx se font sous l’influence d’une philosophie matérialiste et rationaliste, héritée des Lumières et de la révolution française. L’aspiration à mettre fin à la superstition, aux préjugés irrationnels, à connaître l’homme tel qu’il est se heurte donc à la religion, qui incarne pour cette partie de l’intelligentsia bourgeoise “progressiste”, l’ennemi principal.

B- La religion comme aliénation

Une nouveauté importante que Marx va introduire dans ses textes de jeunesse est le concept d’aliénation. Repris à Hegel, il désigne le fait pour l’homme de devenir étranger à lui-même. Marx va appliquer ce concept à la religion. En effet, la religion repose sur la croyance à un autre monde que le monde matériel, et à l’existence d’un être suprême qui ne peut pas être perçu par les sens, ou atteint par la raison seule. Cela aboutit à un dédoublement du monde entre un monde matériel qui serait illusoire et un monde véritable, spirituel. Qu’est-ce qui peut donc amener l’homme à devenir étranger à lui-même ? Cela s’explique pour Marx par le fait que certains rapports sociaux poussent l’homme à devenir étranger à lui-même. Nous reviendrons plus en détail sur ce point plus tard, mais pour le dire brièvement, l’aliénation religieuse est analogue à des phénomènes comme le capital et l’Etat. Qu’est-ce que le capital ? Un rapport social dans lequel les travailleurs sont dépossédés du fruit de leur travail et exploités par d’autres hommes, les capitalistes. Qu’est-ce que l’Etat ? Un appareil armé qui prétend se placer en dehors de la société comme un arbitre neutre, mais est en réalité l’instrument par lequel les classes dominantes maintiennent l’ordre. On observe dans la société ce phénomène d’aliénation et de dédoublement du monde.

Or, si le capital apparaît comme étranger au travail, c’est bien le travail humain et la sueur des travailleurs qui a construit la fortune des grands bourgeois qui les exploite. Si l’appareil d’Etat semble être un arbitre neutre qui se tient au dehors de la société, c’est bel et bien les rapports de force au sein de la société qui rendent l’État nécessaire, à savoir l’existence de classes sociales et la nécessité d’un appareil répressif pour mater les exploités. De la même façon, Dieu est une production de l’imagination humaine, à l’image des sociétés qui l’ont engendré. Ce n’est pas un hasard si cette puissance surnaturelle apparaît sous forme personnifiée, et comme un “seigneur”, car la religion est le reflet déformé de la réalité sociale. Par l’aliénation, les hommes se retrouvent donc dans une situation paradoxale, où ils se retrouvent enchaînés par quelque chose qui est pourtant le produit de leur propre activité. Mais cela implique donc que l’homme, qui a construit le capital, l’état et Dieu, peut aussi les détruire. Mais dans une société où la plus grande partie de l’humanité est dans des chaînes, la croyance en Dieu a donc des racines tenaces.

Si la religion provient des rapports sociaux entre les hommes, et donc du monde réel, elle présente le monde réel sous une forme faussée. Elle donne l’illusion que le monde s’explique par des causes surnaturelles, qui ne peuvent être comprises par la raison. C’est ça qui amène Marx à voir la religion comme l’exemple type de l’idéologie, au sens de fausse conscience, de représentation déformée que les hommes ont de la réalité extérieure et d’eux-mêmes.

C – La rupture avec les jeunes hégéliens

C’est ce qui amène Marx à dire que « la critique de la religion est la base de toute critique ». Car pour critiquer les illusions que se font les hommes, il faut déjà affirmer l’idée que l’homme peut se libérer lui-même par sa raison et sa propre activité, et n’est pas dépendant d’un être suprême. Mais s’il faut insister sur le fait que si la critique de la religion est nécessaire et même fondamentale pour mener une critique du monde tel qu’il est, elle ne saurait suffire. C’est là que Marx va rompre avec les jeunes hégéliens. En effet, ces jeunes hégéliens ont eu tendance à se contenter de critiquer les fausses représentations du monde, en restant dans une posture théorique. Mais se cantonner au terrain théorique, celui des représentations, c’est prendre le risque de se situer sur le terrain de ses adversaires idéalistes, et d’être un intellectuel bavard plutôt qu’un véritable militant révolutionnaire qui aspire à renverser la société existante.

En effet, comme le dit Marx, de la même façon que l’idée de nage ne peut empêcher un homme de se noyer, les idées les plus progressistes du monde ne peuvent suffire à libérer les hommes, s’il n’y a pas une force pratique pour renverser l’Etat bourgeois et le pouvoir du capital. En somme, ce que Marx dit aux hégéliens, c’est qu’il faut changer le monde réel pour faire disparaître les idées fausses, alors que les hégéliens pensent qu’il faut changer les idées pour agir sur le réel. On en revient à la différence fondamentale entre l’idéalisme (penser que ce sont les idées qui changent le monde) et le matérialisme (ce sont les conditions matérielles qui façonnent et changent les idées). Le centre de gravité des textes de Marx passe donc progressivement de la philosophie à l’histoire et l’économie. Il s’agit en effet d’analyser le monde, pour mieux le transformer. Ce n’est pas renoncer à la philosophie, mais au contraire “réaliser la philosophie”, c’est-à-dire donner à l’athéisme et au matérialisme un contenu scientifique, et surtout un contenu politique. Cela nous amène donc à en venir au rôle que la religion joue en tant qu’institution dans la société. La question est de savoir à quels besoins sociaux elle répond, ce qui explique son émergence et surtout pourquoi elle continue à exister.

II. Le rôle des religions dans les sociétés précapitalistes

A – Les religions de la nature et les sociétés sans classes

Si l’on se projette dans les débuts de l’humanité, il faut se rendre compte que la religion exprime, même imparfaitement, la volonté de comprendre, les forces de la nature ou de la société. Il faut en effet noter que les premières sociétés humaines se caractérisent par un développement très faible des forces productives, c’est-à-dire un niveau technique très bas. La conséquence est donc une dépendance très grande aux aléas de la nature, que ce soit les famines, les maladies, les animaux, les changements dans l’environnement. Cela a pour conséquence de rendre terrifiantes les forces de la nature, d’autant plus que les hommes de l’époque n’ont pas encore les moyens d’y faire face, et encore moins les moyens de les comprendre, faute d’explications scientifiques. La religion est donc aussi une des premières tentatives d’expliquer le monde. C’est aussi pour cela que ces religions prennent souvent la forme de divinités naturelles, notamment d’animaux, comme dans les représentations d’ours et de taureaux dans des grottes, où des statuettes hybrides hommes-animaux.

Ces représentations religieuses servent aussi à structurer la société. En se dotant d’une représentation commune du monde, les hommes sont capables de se représenter eux-mêmes et de donner en quelque sorte un sens à leur existence. C’est souvent par l’intermédiaire de ces représentations religieuses qu’ils peuvent se sentir appartenir à un groupe, et aussi se délimiter d’autres groupes

Ces sociétés sont certes sans classe sociale donc sans exploitation, mais pas un communisme dans l’abondance (comme celui que nous voulons construire), plutôt l’égalité dans la misère. Les religions de la nature sont le reflet d’une société étriquée et au développement économique rudimentaire, dans lesquelles les hommes ont un contrôle très limité sur leur propre existence. Ce sont aussi des sociétés où la cohésion sociale est très forte, et donc le développement de l’individualité réduit, ce qui renforce l’impression des individus d’être les objets de forces qui les dépassent.

B – Les sociétés de classe et la religion

Les sociétés de classe ont comme première conséquence de générer des inégalités, qui s’imposent par la violence et génèrent des frustrations. La seconde est une modification de la structure de l’économie.

L’apparition d’un surproduit social, l’augmentation de la productivité du travail, permet à certains individus de ne plus travailler, et de consacrer leur temps à la direction et l’organisation de la société (d’autant plus que l’apparition des classes sociales complexifie l’économie et va de pair avec une augmentation de la population). C’est cela une classe dominante, qui est représentée par des chefs guerriers, des aristocrates, etc… Mais c’est aussi l’émergence de religieux, c’est-à-dire de gens qui consacrent tout leur temps à la religion, le clergé, notamment les prêtres. C’est l’apparition de cette couche sociale qui donne à la religion plus de poids et d’influence. Cette séparation entre travail manuel et intellectuel amène d’ailleurs à renforcer le préjugé selon lequel la sphère des idées et des représentations constituerait quelque chose de séparé de la réalité matérielle, et donc l’idéalisme sur lequel reposent les religions.

Et surtout, la religion va jouer un rôle important dans la cohésion sociale. La religion est nécessaire pour légitimer l’ordre social. En effet, la violence de la répression ne saurait suffire à faire accepter cet ordre social violent des sociétés de classes. Il faut pour ainsi dire manier le bâton et la carotte. C’est ce que Napoléon formule cyniquement : « Je ne vois pas dans la religion le mystère de l’Incarnation mais le mystère de l’Ordre Social. La religion rattache au ciel une idée d’égalité qui empêche le riche d’être massacré par le pauvre. » L’espoir d’une vie meilleure rend plus acceptable la souffrance pour les exploités, surtout quand les perspectives de révolte apparaissent complètement bouchées. C’est notamment pour ça que dans certains cas les fonctions religieuses et politiques sont mêlées, on peut penser aux pharaons qui sont censés être des dieux vivants, tout comme les empereurs romains. Même quand ce n’est pas de façon aussi ouverte dans toutes les sociétés de classe, la religion joue un rôle politique.

Les récits religieux, que ce soit le péché originel dans la Genèse ou la mythologie grecque, dépeignent généralement le scénario suivant : il y avait un état d’innocence où les hommes n’avaient pas à travailler, et à la suite d’une faute humaine, une forme de décadence s’ensuit, qui condamne au travail et au malheur les hommes. Ils ne peuvent espérer le salut qu’avec un comportement moral, qui consiste à accepter leur condition. Il n’est pas rare de se voir opposer quand on parle de nos idées communistes “la nature humaine”. La religion est sûrement la forme la plus aboutie de pessimisme sur l’humanité, partant du principe que cette nature humaine est immuable. Cette conception rend nécessairement sceptique vis-à-vis des révoltes qui visent à transformer les conditions de vie de l’humanité, et amène à un fatalisme bien utile pour les classes dominantes.

C – Le rôle des religions dans les révoltes et le rapport des religions aux opprimés

Marx parle de la religion comme de l’opium du peuple (c’est d’ailleurs la citation que l’on retient le plus) : « La misère religieuse est, d’une part, l’expression de la misère réelle, et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’une époque sans esprit. C’est l’opium du peuple. ». En référence à cette citation, Lénine en conclura (en 1909) : « Le marxisme considère toujours la religion et les églises, les organisations religieuses de toute sorte existant actuellement comme des organes de réaction bourgeoise, servant à défendre l’exploitation et à intoxiquer la classe ouvrière. »

La religion à la tâche de rendre acceptable aux yeux des travailleurs les multiples privations qu’ils subissent.

La religion défend un programme particulier en ce qui concerne l’exploitation Il s’agit non pas de changer le sort des exploités, mais de faire preuve de compassion. Plutôt que d’y mettre fin, la religion donne une valeur morale à la souffrance. C’est ainsi que le formule Mère Teresa : “Il y a quelque chose de très beau à voir les pauvres accepter leur chance, souffrir la passion comme Jésus Christ. Le monde est gagnant avec leur douleur” (ce qui ne l’a pas empêché de finir sa vie dans un hôpital privé réservé aux plus riches). Cette même Mère Teresa prônait pour les nombreuses victimes de l’accident industriel Bhopal “l’oubli et le pardon” plutôt que la lutte pour réclamer des indemnités. Plutôt que d’appuyer la colère légitime que les exploités peuvent ressentir contre leurs exploiteurs et de lui donner des perspectives, la religion prône l’acceptation. Derrière l’apparence de compassion, il s’agit de laisser les exploités dans une situation de passivité, d’où la valorisation de la charité pour régler la pauvreté, plutôt que l’action collective. 

La religion c’est aussi un appui pour l’oppression des femmes. Les sociétés de classe impliquent l’apparition de la famille, et la relégation des femmes à la sphère domestique. Trotsky remarquait, à propos des femmes russes sous le tsarisme, que, quand l’horizon de la vie quotidienne se limite au foyer, l’icône (les images religieuses des orthodoxes) est la seule fenêtre vers l’extérieur. La religion, en plus de prôner l’absence de révolte aux exploités, fait régner l’ordre à la maison. Les femmes doivent s’occuper du foyer, ne surtout pas désobéir à leur mari. Le devoir conjugal va de pair avec le devoir envers Dieu (et d’ailleurs dans de nombreuses religions antiques, il y a des déesses du foyer). Les restrictions imposées aux femmes sur leurs habits et sur leur vie sexuelle ont pour fonction de pérenniser la cellule familiale. La religion condamne la prostitution, tout en acceptant le mariage (c’est-à-dire le pouvoir des maris sur le corps de leur femme), au lieu de condamner comme nous les deux.

Marx caractérisait la religion comme l’expression mais aussi la protestation contre la misère réelle. Des révoltes sociales peuvent prendre une forme religieuse, ou se ranger derrière des religieux, et c’est même le cas de toutes les révoltes dans les sociétés précapitalistes. La religion émane même souvent de la révolte contre l’ordre établi, tout en le justifiant en partie : le judaïsme originellement religion d’esclaves, le christianisme en réaction à la domination romaine, l’islam religion des pauvres, le protestantisme pour la bourgeoisie contre le féodalisme. Plus récemment, on peut penser à la Théologie de la libération (né en Amérique Latine dans les années 70, sous les dictatures militaires anticommunistes), où le bas clergé, le plus proche des masses pauvres et opprimées, a pris partie pour leurs luttes (curés armés, mouvements d’occupations de terres, lutte contre les dictatures, éducation populaire…) avec une critique (très morale certes) du capitalisme ; mais également au mouvement noir américain (Martin Luther King était pasteur et a évolué vers des positions de plus en plus radicales, ou Malcolm X longtemps membre de Nation of Islam).

C’est d’autant plus vrai dans des luttes de libération nationale. Pendant la guerre d’Algérie, face au racisme de la France,  le voile a pu être utilisé par les nationalistes comme symbole anti-impérialiste  Évidemment il nous vient en tête la Palestine, avec la place politique prise par le Hamas là-bas. Et en France, ceux qui soutiennent les Palestinien car ils sont musulmans, et peuvent limiter politiquement la lutte en la restraignant à de l’humanitaire, ou ne s’adressant au-delà des appartenances “communautaires” à l’ensemble de la classe ouvrière. Notre réflexe de marxistes révolutionnaires dans ce cas là, n’est pas de ce mettre en dehors des mouvement, mais de ne pas taire nos critiques et de politiser la solidarité (ce que nous avons fait ces derniers mois).

III. Le statut de la religion dans la société capitaliste et l’attitude des révolutionnaires

A – La bourgeoisie montante face à l’église

Pour étudier le rapport de la société capitaliste à la religion, il faut repartir des conditions dans lesquelles la classe dominante de ce système, la bourgeoisie, est parvenue au pouvoir. La bourgeoisie qui se constitue en occident va être amenée à se confronter avec l’aristocratie, mais aussi à l’église.

La révolution scientifique du XVIIème est portée par des savants qui se heurtent souvent à l’église (Galilée, mais pas que). D’un côté, c’est les nécessités du développement technique qui stimulent le progrès des sciences. Quand les rapports marchands deviennent plus importants, il n’est pas inutile d’avoir de meilleurs outils mathématiques, et quand on a besoin de bâteaux solides pour faire prospérer le commerce triangulaire, l’astronomie et la mécanique deviennent importantes. Et inversement, les progrès scientifiques amènent aussi leur lot d’innovations techniques. Ce développement technique et scientifique qui permet à la bourgeoisie de prospérer va l’amener à défendre pendant toute une période une vision rationaliste et matérialiste du monde, notamment visible dans le courant des Lumières.

La révolution française est d’ailleurs la révolution bourgeoise qui est sûrement allée le plus loin dans la confrontation avec l’Église. Un des principaux résultats, c’est la vente des biens du clergé, dont la bourgeoisie va être la principale bénéficiaire, et qui va de fait nettement affaiblir l’Eglise qui au-delà de son rôle de salut des âmes était un des principaux propriétaires fonciers et profiteurs de l’ancien régime.

Ce qu’il faut néanmoins noter, c’est que c’est l’irruption des masses populaires et des franges politiques les plus radicales qui ont rendu la confrontation aussi intense, dans ce qu’on a appelé la déchristianisation, qui s’est traduite par des destructions d’église, des attaques sur les religieux. Avec le reflux de la révolution, notamment avec Thermidor (la chute de Robespierre), l’attitude vis-à-vis de la religion sera beaucoup plus conciliante. Robespierre lui-même jugeait utile le maintien du culte d’un être suprême : cette version rationalisée et sécularisée de la religion montre que la bourgeoisie ne va pas au bout de la critique de la religion, et la juge utile pour maintenir une cohésion sociale.

B – La religion au service de l’ordre social

La bourgeoisie a certes édifié une société nouvelle en ayant à se confronter à l’église, une fois aux commandes de la société, va changer d’attitude. En effet, en tant que classe exploiteuse qui vit du travail des autres, elle a une peur bleue de la colère des travailleurs, et doit faire accepter des conditions de vie particulièrement dures. Cela est symbolisé notamment par Napoléon qui se réconcilie avec l’église par le Concordat (toujours en vigueur en Alsace-Moselle).

La bourgeoisie n’a donc pas mis fin aux racines du sentiment religieux, malgré le progrès des sciences. Si Dieu s’est retiré des explications de la physique, puis de la biologie avec Darwin, et de bien d’autres sciences, et si l’homme a, sous le capitalisme un contrôle bien plus fort des forces de la nature, il y a toujours un sentiment d’impuissance face aux forces sociales qui régissent leur vie. 

La dissolution des institutions traditionnelles amène aussi à une perte de sens. D’autant plus que la société capitaliste, qui produit non pour répondre aux besoins humains mais pour le profit, à produire pour produire en quelque sorte. Cette course au profit qui semble aller nulle part apparaît complètement absurde renforce cette impression de perte de sens.

Quand la science est utilisée pour faire des profits, détruire la planète, et représentée par des grandes entreprises qui se fichent de l’utilité pratique qu’elles peuvent avoir pour l’humanité, cela donne du grain à moudre aux religieux qui se méfient de la technique et du progrès. Nous devons faire en tant que marxistes la distinction entre l’aspect social de la révolution industrielle (la possession des entreprises par une minorité et l’expropriation de la majorité), et l’aspect technique (le progrès dans la productivité du travail), mais cette distinction n’est pas évidente pour tout le monde. Le progrès permanent des sciences n’empêche pas d’ailleurs l’obscurantisme de progresser aussi sur le terrain des sciences de la nature, avec les créationnistes. 

Une autre forme de cette mentalité religieuse est le complotisme. Les méfaits permanents des capitalistes et de leur gouvernement peuvent amener à douter des récits qui sont faits dans les grands médias, possédés par les capitalistes, même lorsqu’ils sont vrais. Le chaos permanent dans la société capitaliste, dont les prolétaires sont régulièrement victimes paraît tellement insensé, qu’il amène à penser qu’on nous cache des choses, et que loin d’être le fruit d’un fonctionnement systémique, serait dû à une volonté secrète. Le raisonnement théologique à l’envers : plutôt que d’expliquer les phénomènes par les volontés insondables d’un être tout-puissant et bon, on les explique par une volonté cachée de faire le mal. La conséquence pratique en est l’impuissance. Pour continuer rapidement sur les formes diverses des préjugés et mentalités religieuses, on peut évoquer le new age, la fascination pour l’astrologie, le féminin sacré et autres formes d’ésotérisme qui ont le vent en poupe. Ils sont d’ailleurs devenus des business rentables pour les capitalistes, et ce n’est pas pour rien.

La bourgeoisie comme classe dominante use de la religion et de ses idées réactionnaires. Un des symptômes de cela, au-delà de l’exemple de Trump cité tout à l’heure, c’est celui de Vincent Bolloré, qui toutes les semaines sur CNews diffuse l’émission En Quête d’Esprit, tribune des catholiques intégristes. En octobre 2022, elle nous mettait en garde : « C’est une réalité plus sournoise que tous les virus, plus dangereuse que toutes les épidémies, plus contagieuse, aussi, que toutes les infections. […] Cette réalité, ce sont les forces du mal sous toutes leurs manifestations. Elles étendent leurs pouvoirs dans toutes les sphères de la société, l’actualité le montre amplement, pour nous conduire au désespoir. »

Les différentes églises ont aussi été un instrument bien utile de lutte contre le mouvement ouvrier. Quand la mode était encore au paternalisme patronal, aux villages construits par les employeurs, il n’était pas rare de voir une église. Car si le patronat a mis du temps à accepter la fin du travail le dimanche (bien que ce soit le jour du seigneur), il a toujours tenu à ce que la bonne parole puisse être entendue par les travailleurs, surtout quand elle condamne les grèves et le socialisme. Les différents papes ont été amenés à écrire des textes virulents contre le communisme. Avec également la création de  syndicats chrétiens (notamment la CFTC qui existe toujours et qui mène une politique de conciliation de classe), voire de partis ouvriers chrétiens, pour concurrencer les socialistes et communistes sur leur propre terrain. Aujourd’hui, il existe toujours des militants religieux qui essaient d’avoir une présence dans certaines entreprises, sans parler des imams ou pasteurs qui utilisent instagram ou youtube pour prêcher aux fidèles de ne pas participer aux manifestations contre la réforme des retraites. Sur un versant plus répressif, les différentes églises ont toujours soutenu les pires régimes anti-ouvriers. Le pape actuel, présenté par la presse comme un grand humaniste épris de paix, était un soutien de la dictature de Videla lorsqu’il était prêtre en Argentine, suivant ses illustres prédécesseurs qui se sont rangés derrière Franco, Mussolini, Salazar, Pétain, Pilsudski, et bien d’autres encore. En plus des multiples dictatures islamistes, dans lesquelles le rôle politique des religieux est central, on pense bien sûr à Netanyahu qui mène un nettoyage ethnique en Palestine avec une coalition composée de partis juifs d’extrême droite ultra-orthodoxes. Ces régimes se caractérisent tous par une hostilité frontale aux libertés démocratiques des travailleurs et aux organisations ouvrières.

En plus de s’opposer au mouvement ouvrier, les religions se font diffuseurs d’énormément d’idées réactionnaires. L’opposition à l’avortement, au mariage homosexuel, la défense de la famille hétérosexuelle est partagé par les religieux de toute obédience. Pendant l’épidémie de sida, Jean-Paul II s’opposait à tout usage de la contraception au nom du puritanisme sexuel. Bien qu’elles s’invectivent mutuellement dans d’interminables querelles de chapelles concernant les vérités surnaturelles, elles sont toutes unanimes dans la défense de l’ordre social et moral. Cela s’explique aussi par des raisons assez peu spirituelles, le fait que les différents Etats et les capitalistes contribuent grandement au financement de toutes ces institutions.

C – La religion et les tâches des révolutionnaires

Nous ne pensons pas que nous pouvons mettre fin à la religion uniquement par un débat d’idées. C’est seulement une révolution sociale, qui fera que les forces de la nature et les forces sociales seront complètement sous le contrôle des hommes, et mettra fin à la misère, qui pourra mettre fin à la religion. Nous ne mettons pas comme préalable aux travailleurs l’abandon de leurs croyances religieuses pour qu’ils se lancent dans la lutte pour leurs intérêts, c’est même plutôt le contraire. Lénine critiquait les militants de la social-démocratie qui se limitaient à un athéisme purement de propagande, et défendait un athéisme militant en disant : « Seule la lutte de classe des masses ouvrières, amenant les plus larges couches du prolétariat à pratiquer à fond l’action sociale, consciente et révolutionnaire, peut libérer en fait les masses opprimées du joug de la religion. (…) Un marxiste est forcément tenu de placer le succès du mouvement (…) au premier plan, de réagir résolument contre la division des ouvriers, dans cette lutte, entre athées et chrétiens, de combattre résolument cette division. Dans ces circonstances, la propagande athée peut s’avérer superflue et nuisible (…) du point de vue du progrès réel de la lutte de classe qui, dans les conditions de la société capitaliste moderne, amènera les ouvriers chrétiens (…) à l’athéisme cent fois mieux qu’un sermon athée pur et simple. ». Nous faisons le pari que la mise en mouvement dans la lutte des classes montrera que le monde meilleur et plus juste est possible ici-bas, qu’il faut combattre l’immobilisme imposé par l’acceptation de l’ordre social. Que des mobilisations d’ampleur qui donnent aux travailleurs la confiance dans leurs propres forces peuvent faire beaucoup plus pour les amener vers l’athéisme, que leur faire lire une brochure athée. 

Mais cela ne veut pas dire que nous devons renoncer à mener un combat d’idées. Nous ne gardons pas notre athéisme pour notre consommation personnelle : élever la conscience de classe des travailleurs suppose de défendre une vision claire et rationnelle du monde et de dissiper le brouillard mystique de la religion. Ce sont les actions des hommes et des femmes font l’histoire, pas Dieu, l’humanité est divisée en classes sociales, le genre et les classes sont des constructions à détruire, pas des états naturels voulus par Dieu. Nous ne cachons donc pas notre athéisme, ni nos critiques vis à vis des religions ou de leurs symboles sexistes (par exemple) et nous cherchons à convaincre les personnes qui seraient tentées de nous rejoindre de l’intégralité de nos idées, donc aussi l’athéisme, car comme le dit Trotsky, quelqu’un qui croit à un autre monde ne peut pas mettre toute son énergie à changer le monde réel. Mais nous n’en faisons pas non plus un préalable. Car, comme disait Lénine, « l’unité dans la lutte réellement révolutionnaire de la classe opprimée pour la création d’un paradis sur terre est plus importante pour nous que l’unité de l’opinion prolétarienne sur le paradis aux cieux » Mais de fait bien souvent, la bourgeoisie se sert des différences religieuses des travailleurs pour mieux les diviser et les monter les uns contre les autres.

Notre athéisme ne nous empêche pas de nous opposer à l’oppression que certaines personnes subissent à cause de leur religion, au contraire. Nous nous opposons biensur à l’antisémitisme, et à l’islamophobie. Celle-ci, tire ces racines dans la colonisation d’une parti du monde musulman aux XIXe-XXe siècles (présentant alors les sociétés musulmanes comme arriéré ou inférieur) pour aujourd’hui présenter l’Islam comme une religion plus obscurantiste et oppressive que les autres. La question de l’islamophobie n’est pas que religieuse, mais cache un racisme qui ne dit pas pleinement son nom et qui assigne une partie de la population (la jeunesse des quartiers issus de l’immigration) à une identité. L’extrême-droite islamophobe et l’extrême-droite islamiste ont d’ailleurs en commun de vouloir réduire cette partie de la population à une appartenance religieuse. Si nous dénonçons l’islamophobie, nous dénonçons aussi ce piège identitaire, et nous nous adressons aux travailleurs musulmans en tant que travailleurs qui ont des intérêts communs avec le reste du monde du travail. La bourgeoisie n’est pas hostile à l’islam en tant que tel, mais aux travailleurs musulmans. Macron est nettement moins islamophobe quand il s’agit de vendre des armes aux émirs du Qatar ou de l’Arabie Saoudite, ou Bolloré quand il dit vivre en “fraternité” avec son ami Mohamed VI le roi du Maroc. 

La révolution russe dont nous nous revendiquons a été l’occasion d’expérimenter ces éléments de programme sur la religion. Dans un pays encore très arriéré, où l’église orthodoxe a un poids immense, les bolcheviks s’attelèrent à séparer l’Eglise de l’Etat, à remplacer le mariage religieux par le mariage civil, à interdire l’enseignement religieux, faisant en la religion non plus une affaire publique mais une affaire privée, usant de propagande anti-religieuse. Alors que l’antisémitisme avait longtemps été une arme politique de l’autocratie tsariste, les pogroms furent evidement interdits, les bolchevick luttèrent contre l’antisémitisme. Tout comme ils furent amenés à développer toute une propagande vis-à-vis des musulmans membres de l’ancien empire russe, qui étaient victimes d’une oppression nationale, tout en se délimitant politiquement de militants nationalistes et religieux.

La préoccupation des bolcheviks a été ce que Trotsky appelait la question des modes de vie. Si la structure économique peut changer vite, les idées et les comportements des gens prennent beaucoup plus de temps, il y a une inertie considérable à cause d’habitudes héritées depuis des siècles. En 1925, Trotsky écrivait : « Il est de nos jours parfaitement évident et incontestable que nous ne pouvons pas mener notre propagande anti-religieuse par la voie d’un combat direct contre Dieu. […] Nous remplaçons le mysticisme par le matérialisme, en donnant la plus grande importance à l’expérience collective des masses, en renforçant leur influence active sur la société, en élargissant l’horizon de leurs connaissances positives, et c’est sur ce terrain aussi, chaque fois que c’est nécessaire, que nous portons des coups directs aux préjugés religieux. ». Le cinéma, ou les clubs étaient d’ailleurs vu par Trotsky, tout autant que l’électricité comme un bon moyen de lutter contre l’influence de la religion. Les bolcheviks, en bons matérialistes, se sont attaqués en priorité aux structures sociales qui favorisent la religion, plutôt qu’aux individus. Sur ce point aussi, le stalinisme a constitué un recul. La bureaucratie s’est contentée de mener la propagande antireligieuse (avec un des proches de Staline, Iaroslavski), uniquement sur le plan théorique. Et même, plus les années avançaient, plus l’attitude de la bureaucratie envers la religion était neutre et timide, voire même de l’opportunisme crasse en mettant en avant l’Église orthodoxe pendant la Seconde guerre mondiale. Quant à l’anti-sémitisme, Staline en usa abondamment lors des procès de Moscou pour légitimer les accusations. 

Conclusion

Même si la société capitaliste n’a pas éliminé la religion, elle a quand même posé les bases de sa disparition. Le progrès inédit des sciences qui donne une extension grandissante aux explications matérialistes du monde en est un premier élément. Mais surtout, la société capitaliste, en développant de façon inédite les forces productives, en socialisant l’économie à l’échelle mondiale, fait de la perspective communiste une possibilité tout à fait réelle, et non uniquement un rêve confus. La nouveauté du mouvement ouvrier par rapport aux luttes de toutes les classes exploitées qui l’ont précédé, c’est qu’il n’a pas besoin de représentations religieuses pour mener la lutte politique. On peut même aller plus loin : la bourgeoisie n’avait pas besoin de renoncer à la religion et n’avait pas besoin de se donner une conscience claire de ses objectifs pour prendre le pouvoir. Elle n’avait qu’à consolider ses privilèges acquis au fil des siècles. Et aujourd’hui, elle dirige l’économie non de façon planifiée et consciente, mais complètement anarchique et irresponsable. Le prolétariat, n’a lui aucun privilège à défendre, et a pour rôle de libérer l’humanité, et de réorganiser complètement la société. Il doit donc se donner une représentation claire et rationnelle de ses tâches. Ce rôle, c’est celui d’un parti révolutionnaire, parti qui doit avoir le matérialisme et la méthode scientifique à cœur. Un parti dont la priorité sont les luttes de notre classe, son unité, pour son émancipation, pour la prise du pouvoir et le renversement de la bourgeoisie. Un parti qui pense, comme disait Marx, que « ce n’est pas la conscience des hommes qui déterminent leur existence, [mais] au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. » Ce parti doit leur faire prendre conscience que seule la lutte peut changer leur sort. L’attente d’un sauveur suprême, d’une autre vie après la mort, que la religion met en avant, condamne les travailleurs à rester l’arme au pied face aux attaques des capitalistes. Ce parti, en mettant en avant l’unité de la classe ouvrière, s’oppose à toutes les divisions en son sein, et donc aussi aux divisions religieuses. Ces divisions ne sont pas que des désaccords au sujet des sacrements ou du paradis : ce sont aussi des frontières que la bourgeoisie et les religieux mettent en avant pour éviter que les travailleurs aient conscience d’appartenir à une seule et même classe sociale, opposée aux capitalistes qui ont tous comme principal article de foi la défense des sacrosaints profits, qu’ils soient hindous, chrétiens ou musulmans. Au-delà de la critique nécessaire des préjugés religieux, nous devons nous attaquer aux courants politiques qui s’appuient sur ces préjugés, qui sont parmi les pires ennemis de la classe ouvrière. A nous de « partir à l’assaut du ciel » pour reprendre la belle formule de Marx parlant des communards, en renversant cette société pourrie pour en construire une autre.