

Plateforme adoptée par la 7º Conférence nationale jeunes de juin 2026
Sommaire
- 1 Partie 1. Situation politique
- 1.1 I. Situation internationale
- 1.1.1 I.A) Le second mandat Trump: l’impérialisme sans fard
- 1.1.2 I.B) La multiplication des guerres et la militarisation du monde
- 1.1.3 I.C) Les soulèvements de la Gen Z, une génération qui refuse l’avenir que lui réserve le capitalisme, mais dépourvue d’une direction prolétarienne indépendante
- 1.1.4 I.D) Une politisation réelle que nous devons chercher à capter
- 1.2 II. Situation intérieure
- 1.1 I. Situation internationale
- 2 Partie 2. Construire le NPA Jeunes Révolutionnaires : où, pourquoi, comment ?
- 2.1 I. Un secteur jeunes… mais qui sont les jeunes ?
- 2.2 II. Pour saisir les occasions, la nécessité d’une organisation communiste indépendante de la gauche
- 2.3 III. Comment le secteur jeunes intervient dans les luttes
- 2.3.1 III.A) Prendre les devants !
- 2.3.2 III.B) Rendre démocratique la mobilisation et chercher à la diriger
- 2.3.3 III.C) Porter une politique unitaire, une tâche pour les révolutionnaires
- 2.3.4 III.D) Jouer la carte de l’extension et du regroupement
- 2.3.5 III.E) Sur la diversité de nos tactiques et de l’usage du syndicalisme étudiant
- 2.3.6 III.F) Convaincre de nos analyses et perspectives sur les oppressions
- 2.4 IV. Former et recruter
- 2.5 V. Développer et structurer le secteur jeunes
- 2.6 VI. À venir
Construire un secteur jeune de militants et militantes communistes révolutionnaires pour saisir les occasions dans un contexte de rivalités impérialistes croissantes
Plateforme adoptée à la Conférence nationale jeunes de juin 2026 à l’unanimité
Deux ans se sont écoulés depuis la dernière CNJ. Pendant ce court laps de temps et au travers de l’élaboration d’une orientation commune, de l’intervention quotidienne et de la construction de notre organisation, nous avons approfondi le processus de fusion entre l’Étincelle et A&R, les deux principales tendances de notre parti, qui ont mené la bataille contre la scission du NPA en 2022.
Nous sommes dans une période dominée par la guerre de classe ici, les guerres de l’impérialisme dans certaines parties du monde, l’essor de l’extrême-droite, et les mirages institutionnels – dont ceux d’une gauche qui peut se présenter comme radicale. Les capitalistes sont à l’offensive, au cœur d’une instabilité politique de plus en plus forte. Cette dernière génère aussi des explosions sociales qui, pour le moment, ne sont pas victorieuses. Quel rôle pour le secteur jeunes du NPA-Révolutionnaires dans cette situation ? Que pouvons-nous tenter dans cette période qui concentre les possibilités de « guerres » et de « révolutions » ? L’enjeu de la Conférence Nationale Jeunes est de répondre à ces questions du point de vue politique et organisationnel.
Aujourd’hui le secteur jeunes du NPA-Révolutionnaires compte 25 comités jeunes et des jeunes qui militent dans des comités « mixtes » (locaux ou entreprises). Si l’on prend en compte les camarades ayant quitté le secteur jeunes car ne militant plus dans la jeunesse, celui-ci a maintenu ses effectifs depuis la CNJ 2024. Cette dernière avait recensé 320 cotisants jeunes et 260 votants. Un nouveau recensement sera finalisé le 14 mai. Le secteur jeune, aujourd’hui central dans la construction de l’ensemble du NPA-R, a été « rajeuni » : la génération la plus ancienne a été remplacée par des militantes et militants plus jeunes. Ceci est particulièrement visible dans les instances de direction (SNJ/BSJ). De plus, nous avons consolidé les comités jeunes formés à la veille de la conférence de 2024 (Angers, Montpellier, Paris 8) et recruté dans des villes comme Grenoble où notre groupe jeunes à presque doublé, ou comme Marseille et Toulouse où nos groupes étaient plus âgés. Nous avons aussi gagné en surface en déployant le secteur jeunes dans de nouvelles villes: Tours, La Rochelle, Saint-Nazaire, Lorient… Cette construction est allée de pair avec la multiplication de nos échéances de formation et d’apparition publique (topos, journées de lectures, WEF, stages, etc.).
Au-delà de la formation et du recrutement, nous avons continué à développer notre intervention dans la situation en proposant une politique dans les mobilisations ou, le cas échéant, en tentant d’en impulser. Nous avons pérennisé la sortie d’un tract jeunes hebdomadaire et diffusé avec le journal sur nos lieux d’études (principalement les universités). Ce matériel politique s’est vu parfois complété d’un éditorial spécifique à destination des lycées, où nous avons développé de nouveaux groupes. Sur nos réseaux sociaux, malgré une longue période de censure à l’initiative de nos ex-camarades du NPA-A, nous avons dépassé les 10 000 abonnés (Instagram).
Partie 1. Situation politique
I. Situation internationale
À l’échelle internationale, la situation politique est marquée par une multiplication des affrontements militaires et des guerres contre les peuples. Cela traduit l’accentuation des rivalités inter-impérialistes, dans un contexte où l’impérialisme étasunien reprend l’offensive, y compris militairement. Ce dernier dominait le monde depuis la fin de la guerre froide mais voit son hégémonie remise en cause par la montée de concurrents, en tête l’impérialisme chinois. Avec l’invasion de l’Ukraine en 2022, la Russie a donné le ton du règlement de ces rivalités inter-impérialistes: la guerre. C’est le conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, avec près de 2 millions de victimes, dont 500 000 à 600 000 morts. Oui, l’avenir du monde se joue entre « socialisme et barbarie ». Et la barbarie capitaliste s’impose déjà comme une réalité pour une majorité des peuples du monde. Cependant, cette situation provoque des résistances et des révoltes, voire des révolutions avortées faute d’un programme et d’une direction ouvrière révolutionnaire éprouvée.
I.A) Le second mandat Trump: l’impérialisme sans fard
La politique extérieure agressive de l’impérialisme américain sous le second mandat de Donald Trump est un élément clé de la situation internationale. Les États-Unis usent de leur avance militaire pour contrôler les flux de l’économie mondiale. Leurs alliés (Japon, Union Européenne) sont sommés de s’aligner. Face aux pays pauvres, les armes de l’ingérence politique (Chili, Argentine, Philippines), des pressions économiques et stratégiques (Sri Lanka, Inde, Pakistan) voire de l’embargo (Cuba), précèdent des interventions militaires directes qui se banalisent et se multiplient. Que ce soit sur le plan économique ou militaire, la puissance étasunienne assume de rompre avec les usages diplomatiques du droit international. L’enlèvement de Nicolas Maduro chef de l’État vénézuélien, les menaces d’annexion du Groenland, du Canada et du canal de Panama, les bombardements au Yémen et au Nigeria, témoignent de cette nouvelle politique. Le génocide du peuple palestinien mené par le bras armé des États-unis, l’État israélien, avec la complicité de tous les États impérialistes depuis plus de deux ans et demi, se fait aujourd’hui le marchepied d’une guerre au Moyen-Orient. Depuis le 28 février, ce sont 5 000 morts, 25 000 blessés et près de 3 millions de déplacés dans la région. Nous militons pour la défaite de l’impérialisme.
Alors que l’ONU, le FMI ou l’OMC étaient des outils de domination des peuples utilisés par la bourgeoisie américaine, celle-ci ne s’embarrasse plus de cette panoplie et met le droit du plus fort à l’ordre du jour. Pour Trump, désormais, hors de question que le capital américain ne paye sans retour immédiat sur investissement. En cessant tous ses paiements à l’ONU, Trump a mis l’institution en quasi faillite financière, et son « Conseil de la Paix » (dont il a été désigné président à vie) vise directement à la concurrencer.
Ce changement de ton traduit la volonté de l’impérialisme américain de se réaffirmer face au concurrent impérialiste chinois, en gagnant ou renforçant de nouvelles zones d’influence. À l’extérieur, Trump multiplie les pressions commerciales et militaires pour dissuader des États de puissance intermédiaire de prendre langue avec le capital chinois. De son côté, la Chine doit élargir les débouchés pour ses marchandises et capitaux, et assurer son approvisionnement en matières premières, afin de développer son économie et de rivaliser avec les États-Unis. Elle est encore loin de concurrencer l’emprise politique et militaire américaine. Cependant, son développement économique florissant continue d’inquiéter l’impérialisme américain. Elle est désormais le premier exportateur mondial devant l’Union européenne et les États-Unis – par exemple sur les puces électroniques et les voitures électriques. En 2025, son produit intérieur brut (PIB) la plaçait en deuxième position, juste derrière les États-Unis… mais avec une croissance annuelle deux fois supérieure. La confrontation inégale entre les puissances américaine et chinoise est donc la toile de fond des conflits actuels. Elle accroît la course au pillage des matières premières (flux du pétrole vénézuélien et iranien; minerais ukrainien ou congolais…).
I.B) La multiplication des guerres et la militarisation du monde
Pour la dixième année consécutive en 2024, les dépenses militaires mondiales ont augmenté. Elles ont enregistré au passage la plus forte hausse annuelle depuis la fin de la guerre froide: +9,4% par rapport à l’année précédente. Dès 2025, les dépenses militaires des 32 pays membres de l’OTAN augmentaient de nouveau, cette fois de 20%. Lors de leur dernier sommet en juin la même année, chacun de ces pays membres s’est engagé à consacrer au moins 5% de son PIB aux budgets militaires d’ici 2035. Les Etats-Unis sont en tête : leur budget militaire vient de dépasser la barre des 1000 milliards de dollars (2026) alors qu’il était de 640 milliards dix ans auparavant. Dans la foulée, Trump parle déjà d’une augmentation de 50% pour atteindre 1 500 milliards de dollars l’année prochaine. Pour autant, Canada et pays européens ne sont pas en reste: leur budget annuel consacré à la défense a déjà plus que doublé entre 2014 et 2025. Du côté de la Chine, celle-ci cherche à devenir une puissance militaire à la mesure de ses moyens financiers. Quant à la Russie, son économie est déjà une économie de guerre pour écraser l’Ukraine.
Les marchands de canons se frottent les mains. Au cours de la dernière décennie, les revenus des cent premiers fournisseurs d’armes ont augmenté de 26%. Les 220 rafales du carnet de commande de Dassault, que Mélenchon n’a de cesse de féliciter, lui assurent des bénéfices s’élevant à plus de 7 milliards d’euros par an depuis 2023. Mais les marchands d’armes ne sont pas les seuls à profiter de l’ambiance guerrière. Tous les grands groupes capitalistes profitent des conséquences de la militarisation. Ils augmentent leurs marges par l’inflation – comme en témoignent les profits exceptionnels des grandes surfaces après la guerre en Ukraine, ou ceux de Total par la spéculation sur les barils de pétrole après la guerre en Iran – ou utilisent les conflits pour déployer leurs pions. On peut ainsi penser au développement de l’exportation du gaz américain après les sanctions sur la Russie. Pendant que nous comptons nos morts, ils comptent leurs dollars.
D’un point de vue militaire, several journaux font état d’une pénurie de munitions côté américain, au point où l’administration Trump a dû affecter vers l’Iran des missiles destinés au front ukrainien. On ne peut qu’imaginer les leçons que les puissances impérialistes vont en tirer: se doter de capacités de production militaire supérieures. Comme nous l’écrivions récemment dans un article: « Des prix qui flambent, des licenciements par milliers et une réorientation vers une économie ressemblant de plus en plus à une économie de guerre: voilà ce à quoi il faut s’attendre de la part des dirigeants de la bourgeoisie ».
Cette militarisation ajoute une couche à l’offensive sociale contre les jeunes et les travailleurs du monde entier. Aux États-Unis, Trump annonce une coupe de 10% l’an prochain dans tous les budgets, excepté bien sûr celui de l’armée. Ces coupes viennent s’additionner à une vague de licenciements massifs. Il s’agit de dégager le maximum de profits, dans une situation de concurrence exacerbée. Les pressions nationalistes des gouvernements se font plus fortes à mesure que les tensions internationales se renforcent. La mise en place du service militaire, même prétendument volontaire, en France et en Allemagne, participe de cette offensive sur le terrain des idées, et vise directement les plus jeunes. Parmi eux, certains refusent de se laisser mettre au pas et le font savoir dans la rue, comme en Allemagne.
I.C) Les soulèvements de la Gen Z, une génération qui refuse l’avenir que lui réserve le capitalisme, mais dépourvue d’une direction prolétarienne indépendante
Une série d’explosions sociales portée par la jeunesse a parcouru de nombreux pays aux quatre coins de la planète ces deux dernières années: Serbie, Bangladesh, Turquie, Népal, Kenya, Indonésie, Pérou, Tanzanie, Madagascar, Maroc, Iran… Ces mouvements ont fait face à une répression extrêmement violente. Ce sont des dizaines, des centaines ou des milliers de morts; des arrestations en masse; la coupure des réseaux sociaux, moyens de communication vecteurs prioritaires de la mobilisation. La détermination et le courage qui les ont animés ont forcé le respect de toutes celles et ceux qui, sur la planète, n’en peuvent plus de ce système comptant de plus en plus de milliardaires mais condamnant à la pauvreté et à la misère l’extrême majorité de la population. Chaque soulèvement a eu ses spécificités : en Serbie contre la corruption généralisée suite à l’effondrement criminel d’une gare, au Kenya contre les hausses d’impôts et l’austérité imposée par le Fonds monétaire international, au Maroc contre l’état misérable des structures de santé et de l’éducation alors que l’État monarchique construisait des stades de football pour la prochaine coupe du monde, à Madagascar contre la dictature et les pénuries chroniques d’eau et d’électricité… Mais partout, ces soulèvements ont été l’expression d’une révolte sociale profonde, notamment dans la jeunesse, qu’elle soit étudiante privée d’un avenir à la hauteur de ses espoirs, ou ouvrière frappée par la dégradation de ses conditions d’existence. Cette révolte sociale s’est tournée en premier lieu contre les régimes en place. Leur brutalité à l’égard des masses pauvres n’a d’égale que la servilité à l’égard des intérêts des multinationales et des bourgeoisies impérialistes. Des dictateurs n’ont eu que quelques heures pour prendre leur jambe à leur cou, quand d’autres ont été exfiltrés grâce à l’intervention de la puissance impérialiste tutélaire dans l’optique de « tout changer pour que rien ne change ». Ces révoltes se sont encouragées, conscientes d’entretenir un lien entre elles. On a vu la reprise de symboles communs: le terme de « Gen Z », et surtout le drapeau pirate de One Piece, symbole rebelle de la lutte contre « l’ordre mondial ». Elles se sont aussi développées en défiance de tous les partis politiques traditionnels compromis mais également, de fait, sans lien affirmé avec le mouvement ouvrier au sens large. Cette vague de révolte dans les pays capitalistes dominés a eu un écho dans les mobilisation de la jeunesse au sein des pays impérialistes, où le drapeau de One Piece n’a pas manqué non plus d’apparaître : aux États-Unis dans les manifestations « No Kings », en Italie ou dans l’État espagnol dans le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien, ou encore lors du 10 septembre en France. La capacité de la jeunesse à se soulever contre l’ordre capitaliste rappelle les révolutions arabes des années 2010 et l’actualité de la révolution.
Aujourd’hui, les révoltes sont nombreuses mais elles ne se transforment pas automatiquement en révolutions sociales. Chaque égarement dans le processus révolutionnaire devient, pour la bourgeoisie, une opportunité de reprendre le contrôle soit par la force brute soit par des voies détournées et de prétendues « transitions démocratiques ».
Pour faire aboutir ces débuts de révolutions, il faut que les travailleurs et travailleuses prennent le pouvoir et détruisent la machine d’État: le succès de cette perspective communiste révolutionnaire nécessite l’existence d’organisations implantées dans les masses ouvrières. Là est notre rôle. Dans notre monde impérialiste, aucune solution durable ne peut émerger dans le cadre des frontières nationales, et surtout pas sous la direction du nationalisme bourgeois. Nous apportons notre pierre à l’édifice en construisant le NPA-R, une des fractions du futur parti révolutionnaire en France. Notre organisation aspire à jouer aussi un rôle dans la recomposition de l’extrême-gauche à l’échelle nationale et internationale. Tout d’abord avec nos camarades du RSO, d’IZAR, de Speak Out Now et de l’OKDE, qui nous sont liés historiquement et qui apprennent à se connaître les uns les autres pour mener une politique commune. Nous nous adressons aussi aux autres courants d’extrême-gauche déjà constitués: en cherchant à nous rassembler dans un pôle des révolutionnaires affirmant une indépendance de classe (la Conférence de Milan/Paris en est une étape modeste mais nécessaire), mais aussi en développant des liens avec la diaspora de différents pays lorsque la situation s’y prête. Ces deux dernières années, nous avons créé des liens avec des jeunes turcs, iraniens ou malgaches: pour exprimer notre solidarité et appuyer pratiquement toute initiative de jeunes luttant contre leurs régimes autoritaires bien sûr, mais également pour échanger sur la situation sur place, mieux la comprendre, et avancer nos perspectives communistes révolutionnaires jusqu’à tenter d’en convaincre ces jeunes.
I.D) Une politisation réelle que nous devons chercher à capter
Sans avoir pris la même forme que les explosions sociales d’ampleur citées plus haut, l’ensemble de la jeunesse dans le monde est traversée par un courant de politisation bien réel. Pour une jeune génération en train de réfléchir à la place qu’elle prendra dans la société, la multiplication des guerres, l’impunité d’un État génocidaire ou la progression du militarisme suscitent des discussions et contestations.
La dénonciation du génocide en Palestine est demeurée très forte chez les étudiants à ce titre, on pourrait parler d’une « génération Palestine » à l’échelle mondiale. Elle se couple à un sentiment d’impuissance prononcé face aux massacres qui continuent et à une guerre qui s’étend à l’Iran et au Liban. En 2024, les occupations de campus américains contre la politique génocidaire de l’État d’Israël et à la complicité des États-Unis ont entraîné une vague de mobilisation étudiante à l’échelle internationale, qui a reflué avec la fin de l’année scolaire 2024 et le pseudo cessez-le-feu. Néanmoins, leur durée dans le temps démontre une colère et une politisation profonde contre le génocide en Palestine et la guerre au Moyen-Orient. C’est aussi ce qui explique la répression permanente de tous ceux qui expriment cette solidarité, que cela soit avec l’interdiction des manifestations ou par le renforcement des arsenaux législatifs (loi Yadan ici, mais ses équivalents pullulent sur le globe).
La colère est bien présente, mais les forces politiques qui lui proposent pour principale perspective la défense du « droit international » sont nombreuses. Même si nous soutenons les actions comme la flotille, notre solidarité avec le peuple palestinien se fait d’un point de vue de travailleurs internationalistes: contre Israël, gendarme des États-Unis, et contre la complicité de la France, mais sans nous ranger derrière les mouvements nationalistes. Nous mettons au centre l’indépendance de classe contre les guerres impérialistes, y compris contre l’oppression nationale, en défendant l’unité des travailleurs, des travailleuses et les peuples du monde entier. Le boycott est mis en avant par nombre d’organisations comme l’alpha et l’oméga de l’agitation étudiante. Or l’exigence de la fin des partenariats avec les universités israéliennes ou les grandes entreprises de l’armement ne doit pas servir de marchepied à l’expression de formes de corporatisme estudiantin (chacun se mobilisant pour son école, en refusant sa complicité avec le génocide), tout en masquant la nécessité pour la classe ouvrière de s’en prendre à l’ensemble du capitalisme. Sans en faire des éléments de division, nous avons plutôt cherché à faire de nos axes d’orientations des points d’appui, quand cela se présentait, pour défendre des perspectives de mise en mouvement concrète. Nous avons cherché à rythmer l’expression de rue, en proposant des initiatives unitaires (comme la manifestation de jeunesse du 7 décembre 2024) face à la division des cadres pro-palestiniens existants, mais aussi en multipliant des échéances de discussion ou formations sur ces questions. Nous avons maintenu cette orientation avec l’approvisionnement de la guerre en Iran.
Des mobilisations de masse éclatent au cœur même de la citadelle impérialiste. La guerre impérialiste s’accompagne d’une guerre sociale contre le prolétariat américain, et en particulier sa frange immigrée, qu’il terrorise avec sa police de l’immigration, l’ICE. Les assassinats de Renée Good et Alex Pretti aux États-Unis ont décuplé les mobilisations qui s’organisaient déjà contre l’ICE. En janvier, c’est une grève générale qui a eu lieu à Minneapolis, épicentre de la révolte contre la politique de Trump dans le pays. Les manifestations et groupes de défense contre l’ICE ont fait tâche d’huile dans le pays. Le mouvement « No Kings », commencé en juin 2025, a connu un pic le 28 mars dernier pour sa troisième journée avec 8 millions de manifestants et 3 300 manifestations. Une mobilisation d’une ampleur historique qui permet d’exprimer une opposition aux politiques anti-ouvrières et racistes de Trump, mais aussi une dénonciation de l’intervention impérialiste de l’État américain au Moyen-Orient.
En Allemagne, des dizaines de milliers de lycéens se battent contre la mise en place du service militaire. La bourgeoisie allemande mène une politique de militarisation encore plus brutale qu’en France et cherche à presque tripler les rangs de ses armées d’ici 2030. Deux journées de grèves lycéennes regroupant plus de 50 000 jeunes ont éclaté dans le pays en décembre et en mars. Un « comité central de grève lycéenne » a réuni plus de 250 délégués lycéennes et lycéens début février pour décider de la date en mars. Dans de nombreuses grandes villes, des « comités régionaux » militent les journées de grève, font de l’agitation et appellent à boycotter les formulaires de recensement envoyés par le Ministère de la « Défense ». Une campagne dynamique à laquelle nos camarades du RSO (Organisation socialiste révolutionnaire) participent activement.
Face à l’oppression des femmes et aux LGBTIphobies, dans le monde entier les manifestations du 8 mars et les prides regroupent beaucoup de jeunes. Une expression de la colère et de la politisation que génère le patriarcat. Les affaires Pelicot et Epstein ont eu un écho international. D’un côté, Pelicot incarnait la résilience face à ces violences, et leur ampleur au sein de la famille. De l’autre, Epstein témoignait de la violence, de l’immondice et de l’impunité de la bourgeoisie. Si ces affaires ne sont que la partie émergée de l’iceberg des violences faites aux femmes, elles ont servi de vecteur à la politisation de jeunes, particulièrement de jeunes femmes, qui veulent en finir avec les oppressions sexistes, à laquelle nous devons répondre.
À l’échelle internationale, la montée de l’extrême droite et la crainte de la voir arriver au pouvoir – quand elle n’y est pas déjà fait sortir des jeunes et des travailleurs dans la rue (en Allemagne, en Angleterre, en Argentine ou encore en France). Quant aux violences policières, elles sont également vecteur de politisation, voire mobilisations.
II. Situation intérieure
Dans ce contexte international, l’État français s’aligne sur l’impérialisme dominant et cherche à assurer sa part du gâteau. La bourgeoisie française nous mène une guerre sociale, entre coupes dans les services publics, licenciements, stagnation des salaires et inflation croissante pendant que les profits du patronat français explosent, de même que les aides aux entreprises et aux budgets militaires.
II.A) L’ennemi principal est dans notre propre pays
Le gouvernement voudrait nous rendre patriotes. Marseillaise affichée dans les salles de classe, racisme d’État exacerbé par les lois immigrations successives et glorification du protectionnisme industriel… Tous ces éléments apparemment dissociés servent un objectif commun: nous faire croire que notre ennemi est à chercher du côté des travailleurs de l’autre côté de la planète, ou de notre voisin immigré, plutôt que dans les conseils d’administration des grandes entreprises en France.
Le budget de l’armée française flambe: loi de programmation pluriannuelle de 413 milliards jusqu’à 2030, à laquelle le gouvernement vient d’ajouter 36 milliards. Ce budget est passé de 43 milliards en 2023, à 67 milliards en 2025. Cette même année, les futurs recalés de Parcoursup se voient proposer une filière flambant neuve, le Service Militaire Volontaire. Pour une durée de 10 mois, les jeunes peuvent aller se faire houspiller à l’armée par des officiers en manque de recrues. Un service « volontaire » (pour l’instant) rémunéré à hauteur de 800€ par mois, et qui offre un bonus sur Parcoursup, une validation automatique d’un quart d’année universitaire, la possibilité de passer son permis, des avantages sur les prix des transports… De quoi tenter d’attirer les 19% de jeunes au chômage. Ce sont 3 000 jeunes qui devraient faire la première phase expérimentale cette année et le gouvernement vise les 50 000 d’ici 2035. Ce SMV est une marche franchie qui fait suite à l’échec du Service National Universuel dont les jeunes des classes populaires ne voulaient pas (il n’a attiré presque que les enfants de flics et de cadres) et qui a été entaché de nombreux scandales de maltraitance. Il vise en premier lieu les jeunes privés d’accès aux études supérieures, voire déjà poussés en dehors du système éducatif dès le lycée ou le collège, et leur donne pour seule perspective d’avenir de s’enrôler dans l’armée. La militarisation nourrit l’objectif de préparer toute une tranche d’âge, en cas de nécessité, à prendre les armes pour défendre la patrie (comprenez: les intérêts des patrons français). « Il faut accepter de perdre nos enfants » pour ne pas que le pays « flanche », dit le général Mandon. Le SMV n’inclut pas d’opérations hors du territoire, pas ou peu de maniement des armes et ne prédispose pas à un envoi à la guerre dans l’immédiat, mais il s’agit de recruter à l’armée et de mettre au pas la jeunesse, de lui apprendre « la discipline » : c’est-à-dire obéir aveuglément à un officier, ne jamais contester et marcher au pas. De quoi fabriquer de la chair à canon, mais aussi de la chair à patron de bonne facture, prête à accepter la hiérarchie du travail. Pour l’instant, la question du SMV n’a pas déclenché de mobilisation massive : mais de nombreux jeunes font le lien entre la marche à la guerre et la guerre sociale ici. On peut penser par exemple aux slogans « de l’argent pour les lycées, pas pour l’armée » dans les mobilisations de Marseille.
Pour nous vendre l’armée, Macron la présente comme « nécessaire pour nous défendre », et une partie de ce discours infiltre les classes populaires. En fonction des affinités politiques, il faudrait se défendre contre le méchant Poutine, contre le fou Trump ou contre les régimes autoritaires islamistes. La gauche rentre à fond dans la machine : FI, EELV, PS… s’ils sont prêts à pinailler sur le nom du nouveau porte-avion, tous veulent un retour de la « grandeur de la France », de son « rayonnement », de sa « souveraineté », c’est-à-dire de sa puissance militaire et économique qui en faisait un impérialisme majeur au XXe century.
Or l’impérialisme français a essuyé pas mal de revers depuis quelques années, notamment en Afrique. L’armée française, qui est pourtant la deuxième la plus déployée dans le monde après celle des États-Unis, a dû cesser ses opérations militaires au Mali en août 2022, au Burkina Faso et au Niger en 2023, au Tchad, en Côte d’Ivoire et au Sénégal en 2025. Le Gabon abrite une des deux dernières bases militaires permanente de la France. Depuis juillet 2025, ce sont 100 soldats autorisés à y rester contre 1 000 sur la décennie précédente. Pour autant, l’État français n’a pas renoncé à sa présence dans son ancien pré-carré. Macron regrette le recul du pays sur le continent, et veut que les entreprises françaises « qui ont faim » réinvestissent le terrain en Afrique. La présence des entreprises françaises dans les pays africains s’accompagne d’un déploiement militaire qui assure leurs intérêts. Les interventions militaires en Kanaky, avec leur lot de répression politique, ou à Mayotte, montrent aussi la volonté de l’impérialisme français de maintenir sa place dans le partage du monde et ses bases militaires.
1. La bourgeoisie à l’offensive
L’inflation, les licenciements, la dégradation des services publics et des conditions de travail constituent aujourd’hui le quotidien de la classe ouvrière en France. La guerre en Ukraine, suivie de la guerre en Iran, servent de prétexte pour augmenter les prix, de la pompe à essence jusqu’aux marchandises de première nécessité. En parallèle, les salaires stagnent ou reculent, suscitant des grèves et réactions, notamment lors des négociations annuelles obligatoires (NAO). Nous appuyons les revendications d’augmentation des salaires, leur indexation sur les prix, notamment de l’essence : quand les prix augmentent les salaires doivent suivre. Lorsque c’est possible, nous avançons une propagande générale sur le contrôle des prix.
Les coupes de budgets dans les services publics suppriment des moyens et des postes, aggravant les conditions de travail de millions de salariés, mais aussi l’accès aux services essentiels pour l’écrasante majorité des classes populaires. Sur ce terrain également, des mobilisations éclatent, mais nombreuses sont les grèves qui restent isolées et ne convergent pas, y compris parfois dans le même secteur. Dans l’industrie, des centaines de milliers de travailleurs sont licenciés depuis deux ans, des donneurs d’ordre aux sous-traitants. Les directions syndicales ne se risquent pas à un bras de fer général avec le patronat : celui-ci pourrait susciter un débordement par la base. L’heure est alors aux « projets industriels », c’est-à-dire des concertations feutrées avec le patronat, et à la séparation en des luttes « boîte par boîte ». Cette orientation perdante peut renforcer la démoralisation. Dans cette situation, nos camarades d’entreprises cherchent à appuyer toute revendication derrière laquelle les travailleurs seraient prêts à se battre, y compris pour des indemnités de licenciements, car il n’y a que dans la lutte que ceux-ci peuvent prendre conscience de leur force. Nous défendons également la nécessité pour chaque boîte en grève de prendre contact les unes avec les autres, de regrouper les luttes, seul moyen de rendre crédible une opposition aux plans du patronat, y compris pour remporter des revendications « locales ».
Des explosions de colère parcourent le monde agricole. Frappés par la violence de l’industrie agroalimentaire, des dizaines de milliers d’agriculteurs ont multiplié les barrages et manifestations. La droite ou l’extrême-droite tentent, parfois avec succès, de canaliser la contestation sociale vers des revendications nationalistes et xénophobes… au service des capitalistes qui appauvrissent en premier lieu les agriculteurs. Un mouvement ouvrier à l’offensive, confiant dans ses forces, aurait les moyens de s’adresser à cette frange exploitée des travailleurs pour s’attaquer véritablement aux racines de leur mal-être et de leur exploitation. Reste que l’omniprésence des discours protectionnistes chez les politiciens de gauche et les directions syndicales participent à la démoralisation et au renforcement de l’extrême-droite.
La montée du racisme et des politiques anti-immigrés accompagne cette guerre sociale. Elle sert un objectif patronal : diviser et mettre au pas les classes populaires au moment même où l’on rogne sur leurs conditions de vie et de travail. Les politiques menées main dans la main par l’État français et l’Union européenne sont criminelles en témoignent les sinistres records de morts dans la Manche et le sale boulot que Frontex sous-traite aux dictateurs d’Afrique du Nord. Ces politiques sont aussi hypocrites : ils savent que les barbelés n’arrêtent pas ceux que la misère ou la guerre poussent en avant, et qu’ils ne font qu’encourager le racket, la traite et les viols. Elles sont d’autant plus hypocrites que les patrons demandent cette main d’œuvre immigrée et l’obtiennent. Même l’extrême droite de Meloni répond bien volontiers aux demandes du patronat italien et relève les quotas d’immigration. Cette politique anti-immigration sert donc un autre but : exercer sur les travailleurs immigrés un contrôle sans pitié pour les jeter en pâture aux patrons. Descentes dans les entrepôts de Roissy ou dans les gares ; blocage de l’obtention ou des renouvellements des titres de séjour ; augmentation des interpellations (200 000 en 2025), détentions en CRA et expulsions (+23% entre 2024 et 2025)… tout est bon pour semer la terreur chez ces travailleurs. Le tout est appuyé sur un arsenal législatif récemment complété des lois Darmanin et circulaires Retailleau. En parallèle, cette politique se déroule directement dans les entreprises, notamment sous sa formule islamophobe (RATP, hôpital, SNCF…) à grand coup d’arbitraire patronal pseudo-laïque pour diviser les salariés et les faire baisser la tête.
Dans les universités, la bourgeoisie cherche à restreindre les places pour la jeunesse ouvrière. En 2025, sur les 980 000 candidats de Parcoursup, 318 706 n’ont pas eu d’affectation, soit 32%. En master, sur les 250 382 candidats, 103 078 n’ont pas eu d’affectation, soit 41%. Un véritable tri social auquel s’ajoutent des coupes budgétaires qui pèsent d’abord sur les étudiants issus des classes populaires. Les conditions de financement des universités ont poussé 100% d’entre elles à adopter un budget déficitaire pour 2026 (contre 60% en 2025). Pour les présidences de facs, qui dit déficit dit dégradation des conditions d’étude et de travail. S’enchaînent suppressions de filières, de places, de postes et d’heures de cours jusqu’à l’application des frais différenciés pour les étudiants étrangers prévue par la loi Bienvenue en France que le gouvernement vient d’annoncer vouloir généraliser dans l’ensemble des universités. Reste à lui rappeler les débuts de mobilisation en 2018, en plein mouvement des Gilets Jaunes, qui avaient alors stoppé l’application de cette mesure dans de nombreuses universités. En conséquence, les facs avaient été laissées libres d’appliquer la réforme, et seuls 10% des étudiants étrangers s’étaient vus concernés par cette augmentation. En remettant le couvert, c’est sur l’augmentation générale des frais d’inscription que la bourgeoisie veut avancer. Le patronat, lui, évoque maintenant l’idée d’un « CDI Jeunes » qui permettrait entre autres de créer un contrat que l’employeur pourrait briser unilatéralement sans restrictions et qui donc « favoriserait l’employabilité des jeunes ». Une odeur de Contrat Première Embauche que la mobilisation sociale avait enterré en 2006.
La sélection comme la dégradation des conditions d’étude ouvrent des possibilités d’intervention qu’il nous faut saisir. Les bagarres de sans-facs contre la sélection, menées par les camarades intervenant syndicalement à l’UNEF, et que le secteur jeunes soutient chaque année, sont une façon de convaincre des jeunes de s’organiser collectivement pour lutter contre cette injustice. Nous menons cette campagne à Nanterre, Metz, Lille, Grenoble, Lyon et au Mans entraînant par là des dizaines parfois des centaines d’étudiants et de sans-facs dans des mobilisations pour leur inscription à la fac. Nous intervenons contre toutes les attaques sur nos conditions d’études : de la fin de la compensation ou des rattrapages (Tolbiac, Lille) aux coupes budgétaires (Rennes, Bordeaux), en passant par l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers (Strasbourg, Lyon). À chaque fois, nous mettons en lumière la logique générale de ces attaques en faisant le lien entre sélection, coupes budgétaires, austérité, militarisme et capitalisme. Nous militons pour la généralisation des luttes, à la fois en cherchant à la construire par des coordinations, mais aussi en donnant les arguments politiques qui la justifient.
Au printemps 2025, la colère contre les coupes budgétaires est partie d’annonces très locales notamment à Rennes 2, Tolbiac ou la fac de Montpellier. Nous nous sommes appuyés sur les mobilisations naissantes à Rennes et Bordeaux pour réunir l’ensemble des organisations de jeunesse pour généraliser la lutte sur l’ensemble du territoire : en appelant notamment à des dates de mobilisations nationales. Ces initiatives ont permis de rythmer la contestation naissante : en février, mars et avril et une forme de dynamique (Bordeaux passe de 300 participants en AG (27/02) puis 30 (13/03), à 500 manifestants, Paris de 1 000 à 2 000, Lille atteint les 500). À Paris, nous avons regroupé près de 3000 personnes dans différentes manifestations. Une politique interventionniste de notre part qui n’a pas empêché les coupes budgétaires mais permis de faire militer bien plus largement que nous-mêmes autour de notre orientation.
2. En France aussi, la polarisation politique s’accentue
La bourgeoisie française est confrontée à une crise parlementaire continue depuis bientôt deux ans. Le gouvernement a changé 4 fois et les ministres sautent comme autant de fusibles devant leur incapacité à faire assumer à une assemblée sans majorité les mesures impopulaires exigées par les capitalistes. En témoigne la chute du gouvernement Bayrou à l’approche du 10 septembre.
Les mobilisations autour de cette date ont été importantes et spontanées partout en France. La jeunesse a été partie prenante de cette mobilisation réussie précipitant le départ du premier Ministre Bayrou (avant même la manifestation !) et a montré la colère d’une partie significative de la population. Certains courants de gauche, même radicale, ont mis en avant la perspective institutionnelle d’un « Macron démission ». Mais Macron aussi est un fusible, qui peut sauter de sa propre volonté pour préserver le système qu’il défend. Nous militons à l’inverse pour renverser l’ensemble de ce système. L’统一工会 (Intersyndicale) a, de son côté, manœuvré pour reprendre la main sur cet élan et l’étouffer. Alors que le 18 septembre avait réuni plus d’un million de manifestants, elle a mis en pause la mobilisation pour aller rencontrer le nouveau Premier Ministre Lecornu à Matignon le 26, avant d’appeler à une dernière date le 2 octobre (qui a malgré tout comptabilisé 600 000 manifestants). Si nous avons poussé à ce que les étudiants mobilisés nouent des liens entre eux et avec les travailleurs en lutte, l’absence de réel mouvement de grève et l’absence totale de politique de coordination au-delà de nos rangs n’ont pas permis de développer cette politique au-delà de petites tentatives locales ou sectorielles. Malgré cela, nous avons pris l’initiative d’appeler à une journée de mobilisation nationale dans la jeunesse le 25 septembre pour défendre la perspective de poursuivre la mobilisation, et tenter de voir si un débordement de l’intersyndicale était possible dans la jeunesse. Cela nous a aussi permis de rencontrer un nouveau milieu étudiant et lycéen.
L’échiquier politique se décale de plus en plus sur sa droite. La radicalisation de la bourgeoisie française se traduit notamment par un certain affaiblissement des partis de droite dite « républicaine » au profit d’un ralliement de plus en plus assumé à l’extrême-droite – on peut par exemple penser à Ciotti ou Retailleau. Ce choix politique de la grande bourgeoisie se traduit par un déplacement du « barrage républicain » de plus en plus prononcé contre la France insoumise. Cette dernière avait pourtant été « unitaire à tout prix »… au prix d’appeler à voter Hollande ou Darmanin face au RN. Voilà que les monstres ressuscités par le NFP se retournent maintenant contre la FI, preuve encore s’il en fallait de l’échec de ces barrages à répétition qui ne font que monter l’extrême-droite. La diabolisation de la gauche institutionnelle dite « radicale » passe par des méthodes policières et calomnieuses : classement à « l’extrême-gauche » de LFI lors des dernières élections municipales, accusations répétées en antisémitisme, garde à vue de Rima Hassan. Ces attaques sont autant de menaces envers ceux et celles qui ont pu voter pour la France Insoumise pour exprimer leur rejet de la politique du gouvernement et leur opposition à l’extrême-droite ; et autant de menaces contre la frange de la jeunesse et des classes populaires qui voudrait se mobiliser. Le gouvernement tape sur la France Insoumise, pour imposer à tous de baisser la tête. C’est dans ce sens que nous avons exprimé notre solidarité avec ce courant, en toute indépendance politique notamment dans les élections, malgré une certaine pression au « vote utile ».
Oui, dans ce paysage politique composé d’attaques, d’instabilité et de contestations, la gauche institutionnelle et les directions syndicales ne font le choix que des institutions. Priorité absolue aux présidentielles pour la première et au dialogue social pour les secondes, en témoignent d’ailleurs les assises du Made In France organisées par la CGT en mars dernier avec en prime guest le Ministre de l’Industrie. Les centrales syndicales portent un refus presque assumé de chercher à impulser des luttes nationales et d’unifier celles qui sont isolées et qui se battent sur les salaires, pour les emplois ou encore contre la répression.
Ces politiques aux bottes du patronat, nationalistes et électoralistes, laissent un espace à l’extrême-droite qui peut d’autant plus facilement diffuser son poison raciste parmi les jeunes et les travailleurs. Les plus de 40 ans de politiques antisociales et racistes, menées par la droite et par la gauche, sont responsables de la manière dont l’extrême-droite peut se présenter comme une alternative, notamment face aux trahisons de la gauche, les désillusions qu’elle a semées et à l’avenir sombre que promettent les capitalistes aux jeunes. Mais l’extrême-droite est le pire ennemi des travailleurs, comme en témoigne sa politique aux États-Unis, en Italie ou en Argentine. À un an des présidentielles en France, le Rassemblement national multiplie d’ailleurs les rencontres avec le patronat français – et inversement – pour les convaincre de leurs intérêts communs. Malgré une abstention à 60% aux élections, la polarisation politique s’accentue dans la jeunesse. Aux Européennes 2024, on a vu pour la première fois un vote à 25% pour le RN chez les 18-24 ans. D’un autre côté, le vote FI a comptabilisé 33% des voix. Plus généralement, la gauche a remporté les suffrages chez les jeunes dans ces élections (51% au total), largement au-dessus des voix que lui portent le reste de la population.
L’Union Nationale Inter-Universitaire (UNI) et La Cocarde Étudiante, organisations de jeunesse d’extrême-droite proches des LR, du RN et de Reconquête, profitent des élections étudiantes pour faire de la politique dans les universités, avec l’aide politique et financière de leurs partis ainsi que des médias. L’extrême-droite rencontre pourtant des difficultés à obtenir des élus. Les mobilisations d’étudiants dépassant les organisations pour les virer des campus comme à Nanterre, La Sorbonne, Lille, Tolbiac ou encore Grenoble montrent qu’une partie de la jeunesse refuse activement leur présence, ce qui est une bonne chose. En somme, dans les facs, l’extrême-droite peine à renforcer ses forces militantes.
3. Notre présence aux élections : un cap franchi pour notre organisation
Ces deux dernières années, nous avons réussi à nous présenter aux élections européennes, législatives et municipales. Un véritable challenge au vu de notre taille, alors que nous avons cherché au maximum à maintenir le reste de nos interventions en parallèle. Ce sont des résultats modestes (37 434 voix aux européennes, 5 965 aux législatives, 18 500 aux municipales) mais qui nous dépassent largement. Partout, le secteur jeunes a joué un rôle important et dynamisant dans ces campagnes, tant dans la constitution des listes aux municipales, que dans l’animation de campagnes parfois gérées exclusivement par des jeunes (à Rennes ou Angers par exemple). Un pas a été fait pour faire exister à une échelle plus large que nous-même les idées révolutionnaires et la nécessité d’un mouvement d’ensemble. Cela nous a permis de porter nos idées auprès de travailleurs du rang, mais aussi de disputer un milieu à la gauche « radicale » et la continuité du NPA, notamment auprès de son ancien public.
4. Faire front face à la répression
La période est aussi marquée par une volonté des gouvernements de faire taire les mobilisations et les voix qui s’élèvent, notamment contre le génocide en Palestine : la loi Yadan, menaces de peines de prison pour ceux qui occuperaient leur université. Les mobilisations dans les entreprises sont en première ligne de la répression, gouvernementale et patronale. Dans ce cadre, nous avons pris part au printemps 2025, à la campagne pour la relaxe des 5 postiers des Hauts-de-Seine et la réintégration pour Gaël Quirante et Yann Le Merrer. Notre organisation a fait de cette campagne une priorité. Le secteur jeunes s’en est saisi en se mettant en lien avec des équipes syndicales en vue du procès et en se déplaçant à nombreux aux différents rassemblements. Le rassemblement parisien lors du procès a été un véritable succès en regroupant plus de 600 participants. Le secteur jeunes poursuit sa participation à cette campagne et reste attentif aux suites qui arrivent vite avec une manifestation ce samedi 20 juin à Paris. C’est l’occasion de marquer notre opposition à toutes les répressions qui pleuvent dans la période, et d’affirmer qu’ils ne nous empêcheront pas de lutter. L’occasion aussi de mettre en avant les luttes de nos camarades qui font face à la répression pour s’être opposés au génocide en Palestine (David, Alex, Leïla à Bordeaux, Metz et Blois)… et tous ceux qu’on tente de réprimer parce qu’ils luttent contre le racisme comme Majdouline à l’AP-HP ou contre l’austérité comme Baptiste à Grenoble.
Nous participons aux initiatives en solidarité avec les personnes ou organisations ciblées par la répression contre la solidarité avec la Palestine : J.P Delescaut, Europalestine, Rima Hassan, et nombre de comités Palestine locaux.
De manière générale, l’exacerbation des tensions sociales et politiques peut susciter des ruptures politiques et des mobilisations dans la jeunesse. L’extrême-gauche révolutionnaire – dont le NPA-R – a un rôle important à jouer pour que des questionnements en cours dans nos milieux et des luttes à venir émerge une alternative crédible à la barbarie capitaliste.
Partie 2. Construire le NPA Jeunes Révolutionnaires : où, pourquoi, comment ?
En raison de la politisation qu’elle connaît, comme décrite dans la partie précédente, et de la place qu’elle a occupée dans les mobilisations de ces dernières années, nous devons intervenir politiquement dans la jeunesse, non seulement afin d’y recruter mais également pour postuler à la direction des luttes en son sein. En partant des préoccupations des jeunes, des questions qui les révoltent, nous cherchons systématiquement à les lier à un combat d’ensemble contre le capitalisme. Nous construisons un secteur jeunes pour répondre à ces objectifs.
I. Un secteur jeunes… mais qui sont les jeunes ?
I.A) Qui sont les jeunes ?
Du point de vue de l’âge, les « jeunes » (15-29 ans) en France comptent pour 12,1 millions de personnes, soit près d’un cinquième de la population. Autant de personnes qui passent de la cellule familiale à la « vie active » de l’exploitation capitaliste. Une transition qui offre la possibilité de s’ouvrir au monde et de s’engager et qui s’avère plus ou moins longue, plus ou moins forcée, selon la classe à laquelle on appartient. Car la jeunesse regroupe évidemment aussi bien les jeunes travailleurs ou futurs prolétaires que les futurs bourgeois, avec toutes les nuances de petite-bourgeoisie entre les deux.
Du côté des jeunes salariés, l’âge et les contrats de formation servent de prétexte aux patrons pour leur imposer des emplois précaires, dangereux et moins payés. On trouve ainsi une surreprésentation des jeunes dans les accidents graves ou mortels au travail, en particulier dans les secteurs de l’agriculture et du BTP – au point où le Monde parle « d’hécatombe » touchant même les mineurs en 2025.
À ce stade, le secteur jeunes intervient presque exclusivement dans la jeunesse scolarisée bien qu’il puisse également être amené à organiser des jeunes salariés ou en recherche d’emploi, des apprentis et des futurs travailleurs plus largement.
Dans les universités, les enfants de salariés ou d’ouvriers en L1 info-com côtoient les enfants d’ingénieurs en classes préparatoires, promis aux métiers de recherche ou d’encadrement pour le compte de la classe dirigeante. Pour une bonne partie, ce n’est pas la richesse qui règne avec un budget mensuel oscillant en moyenne entre 500 et 800 euros : un quart des étudiants dit sauter des repas ou renoncer à des soins médicaux. Les allocs, les bourses, les coups de main des parents sont complétés par de petits emplois. En comptant apprentissage, alternance, temps partiels, et boulots non déclarés, on monte à un jeune scolarisé sur deux qui travaille.
I.B) Politisation de la jeunesse scolarisée
Sous bien des aspects, les aspirations des jeunes sont forgées par l’idéologie dominante. De l’école aux plateaux TV, tout leur dit : « travaille dur, tu iras loin ! ». Les idées de l’extrême-droite ne les épargnent pas… mais suscitent heureusement des réactions : on a ainsi des sympathisantes en seconde qui nous demandent des arguments contre les incels de leur classe, ou des bandes de potes en L1 qui polémiquent avec leur professeur sioniste. On observe une vague de politisation depuis une dizaine d’années peut-être, avec une disponibilité des jeunes à s’ouvrir aux idées, aux questions internationales, et à se reconnaître dans certains combats contre la société capitaliste. Cela se traduit aussi dans la rue. Lycéens et étudiants ont saisi les dernières occasions de se montrer en nombre, dans les manifestations contre les coupes budgétaires ou le manque de moyens à l’université et dans le secondaire, les marches contre le racisme et l’extrême droite, lors du 8 mars, de l’agitation autour du 10 septembre, des manifestations de solidarité avec la Palestine… Dans le lot, un certain nombre de jeunes s’organisent dans des associations ou collectifs (qui vont des associations queer aux Soulèvements de la Terre). Parmi ces organisations, même les plus « radicales » d’entre elles ont servi de caution au NFP en 2024.
I.C) Ses luttes et leurs possibilités politiques
La jeunesse scolarisée, même pauvre, même issue parfois de la classe ouvrière, ne pourra pas à elle seule en finir avec le capitalisme. Elle ne forme pas une classe et n’est pas capable de prendre le pouvoir et le contrôle sur les moyens de production. Elle a pourtant toute sa place dans les mobilisations et les processus révolutionnaires. La jeunesse scolarisée peut jouer un rôle de détonateur. Ses luttes ne sont pas isolées du reste de la société et peuvent avoir un effet sur celles du prolétariat – la réciproque étant vraie. En comparaison avec le monde du travail, les défaites du passé et le corporatisme lui pèsent moins ; les bureaucraties syndicales ne l’encadrent pas autant ; l’émancipation relative vis-à-vis du carcan familial ainsi que les confrontations en son sein la rendent plus disponible à s’engager. Nous avons plus de facilité à recruter sur nos idées dans la jeunesse où l’influence de l’extrême-gauche y est plus forte que dans le reste de la société.
II. Pour saisir les occasions, la nécessité d’une organisation communiste indépendante de la gauche
Dans ce contexte d’offensive des capitalistes, la gauche sociale et politique, même dans sa frange insoumise dite « radicale », n’envisage les luttes qu’au service de son agenda institutionnel. Pour autant, une partie de l’extrême gauche choisit de s’y rallier en s’imaginant pouvoir s’adresser plus facilement aux travailleurs qui s’identifieraient à celle-ci. Avec la montée de l’extrême droite, la pression à trouver des raccourcis institutionnels contre le RN se renforce. Des groupes comme le NPA-l’Anticapitaliste ou le PCR se retrouvent à graviter autour de la France Insoumise, quand d’autres (POI, GR) se réfugient directement en son sein.
L’absence d’alternative crédible à cette gauche institutionnelle est pourtant l’un des facteurs qui laisse une place à l’extrême-droite et qui augmente les risques de désorientation pour les travailleurs qui se trouveraient, à juste titre, en hiatus avec les appareils syndicaux ou politiques de la gauche.
À l’opposé des paris institutionnels qui déchantent aux lendemains d’élections, nous avons donc toutes les raisons de faire le choix inverse : compter sur les révoltes et mobilisations de masse qui se sont multipliées à travers le monde ces dernières années. La classe ouvrière y a pris une place socialement importante bien qu’elle ne l’ait jamais fait sous ses propres couleurs. Bien peu d’organisations le lui ont proposé, et aucune n’avait le crédit politique ni la réalité militante pour l’en convaincre. S’est donc faite sentir l’absence de groupes communistes révolutionnaires suffisamment forts, suffisamment organisés, implantés, liés aux travailleurs, pour prendre la tête de ces luttes, les pousser au bout de leurs possibilités, jusqu’à les transformer en révolution sociale lorsque les opportunités se présentaient.
Nous devons être capable de postuler à la direction des luttes et explosions sociales qui sont devant nous… y compris dans la jeunesse ! Bien sûr, il faut recruter des militants et militantes marxistes, communistes et révolutionnaires capables d’en convaincre d’autres et de jouer un rôle autour d’eux et dans les luttes à venir.
La gauche institutionnelle dans la jeunesse a connu des explosions et scissions, sur fond constant d’affaiblissement des forces militantes présentes dans les universités ou les lycées. L’émiettement des organisations syndicales étudiantes ou lycéennes historiques, qui ont souvent montré par le passé leur suivisme vis-à-vis de la gauche de gouvernement, rend pour l’instant difficile pour les directions de ces organisations de canaliser ou de caporaliser la contestation qui s’exprime dans les lieux d’études. En cas de besoin, les appareils de la gauche pourraient tenter de se reconstruire rapidement pour encadrer et canaliser des mouvements de jeunesse, mais leur faiblesse actuelle peut renforcer des possibilités d’intervention aux révolutionnaires.
On constate que le rapport de forces entre les groupes communistes révolutionnaires et la gauche institutionnelle, dans nos capacités respectives à proposer une politique, nous est plus favorable dans la jeunesse scolarisée que dans le reste de la société. Dans sa modeste histoire, notre organisation et en particulier notre secteur jeunes est parvenu non seulement à prendre l’initiative d’un cadre de coordination national, mais aussi à en disputer et en gagner la direction : l’exemple de la CNE lors de la mobilisation contre la réforme des retraites de 2023 nous montre les possibilités que nous ouvre notre implantation. Mais ce poids, couplé à la recherche constante de brèches dans lesquelles s’engouffrer, nous a également permis de saisir des occasions pour que s’exprime la contestation, comme c’est le cas dans la mobilisation sur la fac de Bordeaux-Montaigne. À son échelle, notre organisation a permis la construction d’une date de mobilisation le 25 septembre – dans la continuité du 10 et 18 septembre – lorsque les directions syndicales reportaient la suite de la bataille aux calendes grecques.
III. Comment le secteur jeunes intervient dans les luttes
Nous cherchons à diriger les luttes étudiantes et à les armer d’une politique. Celles-ci peuvent avoir une influence sur le reste de la société, y compris jusque dans les entreprises. Par ailleurs, les expériences que les jeunes y font, font progresser leur niveau de conscience, et sont autant d’occasions d’apprendre à s’organiser et à déjouer les pièges politiques que leur opposent directions d’établissement, rectorats, police, gouvernement. Ainsi, nous prenons au sérieux le travail militant fait dans ce milieu et notre intervention cherche à pousser le plus loin possible la construction du rapport de force.
III.A) Prendre les devants !
Notre seul volontarisme, ou même le volontarisme combiné de toutes les organisations de jeunesse, ne sera pas suffisant pour créer de toute pièce une mobilisation étudiante, mais nous n’attendons pas les bras croisés que LA mobilisation tant attendue jaillisse spontanément. Nous pensons que l’intervention de militants décidés et convaincus joue, et pourra jouer, un rôle déterminant. C’est pour cela que partout où nous sentons une petite « ambiance », nous testons son développement en prenant des initiatives, en organisant les étudiants à la façon de la démocratie ouvrière (assemblées générales et comités de mobilisation, si possible élus) et en nous donnant les moyens d’étendre la contestation.
III.B) Rendre démocratique la mobilisation et chercher à la diriger
On cherche à rendre la colère visible, à la faire grossir, à l’étendre… mais aussi à la structurer ! Nous défendons la construction d’assemblées générales dans chaque lieu d’étude, et si possible leur coordination. Dans chacun de ces cadres, il n’y a rien d’évident à ce que la démocratie ne soit pas réduite à un vote expédié vite fait à la fin. Notre tâche est de convaincre les jeunes qui se battent de prendre jusqu’au bout leurs affaires en main : par l’auto-organisation dans les mobilisations, en réalisant ensemble les décisions de l’AG, en s’en rendant responsables devant elles et en militant quotidiennement. C’est pourquoi nous cherchons à organiser les « militants du mouvement » dans des comités de mobilisation issus des AG, si possible élus par elles.
Cette organisation « par en bas », qu’on voudrait rendre visible (et faire adopter) aux travailleurs, permet aussi de défendre notre politique, de convaincre de nos perspectives pour que les mobilisations aillent le plus loin possible. Nous cherchons à unifier politiquement les luttes contre le racisme, l’austérité, le militarisme ou autres, et à mettre en accusation l’ensemble du système capitaliste et la classe qui le dirige. Que nous soyons un seul militant NPA-R en assemblée ou bien trente, nous essayons de prendre la direction politique de ces luttes et de ne pas le faire tout seul. À chaque proposition que nous faisons, nous argumentons politiquement pour convaincre d’autres étudiants afin qu’ils les portent et les défendent eux-mêmes.
III.C) Porter une politique unitaire, une tâche pour les révolutionnaires
Nous développons une politique en direction des organisations de jeunesse aussi souvent que cela se justifie. Un appel commun, décliné en tract commun, une manifestation déposée ensemble, peut permettre de faire basculer davantage de jeunes dans la lutte, même si ce n’est pas directement sur l’ensemble de notre programme, car c’est bien souvent dans la lutte que les décantations politiques s’opèrent et que nous pouvons convaincre de notre orientation. En ce sens, la convocation de cadres unitaires ou locaux peut être utile pour appeler à une même assemblée générale ou manifestation ; mais avec la compréhension que ceux-ci ne doivent pas prétendre diriger les mobilisations. Nous cherchons à développer des cadres de front unique soumis au contrôle des jeunes mobilisés : les assemblées générales, comités de mobilisation, coordinations de délégués élus pour défendre notre orientation ; et y entraîner les autres organisations de jeunesse, indépendamment de leur orientation ou de leur éventuel sectarisme. Certes, nous nous efforçons de pousser les organisations qui se revendiquent du mouvement étudiant (ou social) à s’engager sur des points précis dans une lutte. Pour autant, notre objectif dans un mouvement n’est pas d’en partager la direction avec les appareils liés à la gauche. Au contraire, nous voulons leur arracher la direction au profit de cadres d’auto-organisation au service des jeunes et des travailleurs qui se battent et d’une politique qui permette au mouvement d’aller au bout de ses possibilités.
Ainsi sur la Palestine ou l’austérité, nous avons pu faire se positionner officiellement d’autres organisations en faveur d’une date ou d’une autre, sans que cela ne se traduise nécessairement par une activité militante de leur part. Ces appels restent des points d’appuis, notamment lorsqu’aucune assemblée générale n’a la crédibilité ou la volonté de proposer une politique aux étudiants et c’est bien souvent sur cette base là que de premières assemblées générales peuvent naître. À Paris en mars 2025, nous avons porté des dates de manifestation dans un cadre inter-organisation que nous avions appelé, ainsi que dans l’assemblée inter-universités et les assemblées de chaque fac, en priorité dans celles qui « pesaient » par la force de la mobilisation sur place. Ces manifestations ont eu un succès relatif – 1000, puis 2 000 étudiants. Cela a pu aider les coins plus isolés à entrer dans la danse.
Nous avons tout intérêt à développer le maximum de liens avec les autres organisations, garder leur contact – même si cela n’est pas utile « sur le moment », car cela peut l’être plus tard ! Sans parler de l’importance pour nos propres militants d’entretenir des rapports sains (et d’échanges politiques) vis-à-vis des autres courants politiques.
III.D) Jouer la carte de l’extension et du regroupement
Qu’elle parte de coupes budgétaires, du militarisme, de la pauvreté, de la crise écologique ou du racisme, nous faisons le pari que la colère peut faire tâche d’huile et nous militons dans ce sens. Les coupes drastiques, l’austérité sont imposées nationalement, mais l’autonomisation des universités laisse aux présidences le soin de couper « à la carte » et selon leur propre sens du timing. Cela encourage certains réflexes localistes, notamment du côté des organisations syndicales (on peut penser aux multiples « plans d’urgence » départementalisés, du 93 au 13). Nous proposons au contraire des perspectives d’extension vers les autres campus, vers les lycées, vers les autres villes, mais aussi de regroupement des luttes avec d’autres secteurs.
Que ce soit lors de la CNE en 2023 ou dans le cadre de la mobilisation contre l’austérité en 2025, la présence de groupes NPA-R conséquents et surtout à la tête d’assemblées générales crédibles (comme à Bordeaux, 1 500 participants en 2025) a permis de proposer cette politique d’extension et de coordination. Le maillage géographique de nos comités ainsi que la coordination de notre politique (SNJ, BSJ, suivi des villes) ont permis ensuite de leur donner corps.
III.E) Sur la diversité de nos tactiques et de l’usage du syndicalisme étudiant
Nos différentes approches tactiques dans le NPA-R sont le produit des traditions révolutionnaires qui composent notre organisation et c’est ce qui fait sa force. Dans le cadre de la démarche de fusion du NPA-R, le secteur jeunes cherche à tirer le meilleur des expériences et des traditions, et de mutualiser ces différentes tactiques plutôt que d’en imposer une au détriment des autres. Par ailleurs, le bilan que nous en tirons dans le secteur jeunes est que la diversité des tactiques est une richesse qui nous nourrit politiquement, à condition de les discuter collectivement et d’en tirer les bilans communs au sein des comités, des assemblées régionales et des instances de directions.
Une partie de notre organisation structure une part de son intervention quotidienne au travers de l’intervention syndicale étudiante au sein de l’UNEF, afin de s’adresser aux étudiants en prenant pour point de départ des revendications immédiates. Une partie de ce milieu syndical devient sympathisante du NPA-R, ou nous rejoint après avoir été convaincue de nos perspectives. Dans plusieurs universités, nos camarades ont pris la direction des sections locales de l’UNEF et sont la force majoritaire aux élections étudiantes (Nanterre, Lille, Metz au sein de l’Université de Lorraine, Lyon sur un campus). Certes, c’est en partie le produit de l’explosion de la gauche institutionnelle et de l’affaiblissement global de l’UNEF. Toujours est-il qu’une partie des votants chez les étudiants choisit de donner sa voix à des campagnes qui mettent en avant, d’une part les liens entre les questions étudiantes et le capitalisme, et d’autre part, la nécessité d’arracher des avancées par la lutte. C’est également par le biais de l’UNEF qu’une partie des camarades du secteur jeunes impulsent des campagnes « sans-facs ». Celles-ci cherchent à organiser les jeunes refusés à la fac afin d’arracher des inscriptions. Le secteur jeunes soutient chaque année ces campagnes de sans-facs et réfléchit plus largement aux moyens de combattre la sélection à l’université en tant que NPA Jeunes Révolutionnaires.
III.F) Convaincre de nos analyses et perspectives sur les oppressions
Dans notre propagande comme dans notre intervention contre le racisme, le sexisme et les LGBTIphobies, nous nous plaçons bien sûr du côté de celles et ceux qui souhaitent lutter pour arracher de nouveaux droits, défendre les conquêtes du passé ou faire valoir leur dignité. Nous participons pleinement aux mobilisations lorsqu’elles existent. Ces luttes peuvent arracher des avancées et, comme partout, nous postulons à leur direction pour qu’elles ne finissent ni au fond d’une urne, ni à s’incliner devant le mur des intérêts privés. Naturellement, nous combattons toute oppression dans nos lieux d’études, de travail et dans les organisations que nous construisons.
Nous participons aux différents cadres inter-orga sur le sujet. Nous avons défendu, dans les cadres unitaires féministes, de lutter contre la présence des organisations d’extrême droite Némésis et Nous Vivrons dans les manifestations du 8 mars ou du 25 novembre. À l’échelle de nos lieux d’études, nous cherchons dès que possible à organiser la colère des étudiants. Cela a pu se traduire par de petites mobilisations contre des profs sexistes ou accusés de viol par exemple.
À chaque occasion, nous essayons de convaincre que, pour abolir définitivement ces oppressions, il est nécessaire d’arracher l’ensemble des piliers de l’ordre social : la famille, le patriarcat, les politiques racistes, les frontières, etc. Nous visons à ce que la classe ouvrière dans toute sa diversité prenne la direction politique des luttes contre les oppressions. Celles-ci ont le potentiel d’ébranler la société et d’ouvrir la voie à des révolutions sociales. Nous expliquons comment le prolétariat en est capable en arrachant le pouvoir à la bourgeoisie, en ce qu’il constitue la seule force sociale capable d’émanciper avec lui l’ensemble de l’humanité en mettant fin à toute forme d’oppression. Chercher à gagner les jeunes révoltés à l’analyse marxiste des oppressions « spécifiques », c’est dans le même temps chercher à les convaincre de se battre pour l’émancipation des opprimés avec les armes du mouvement ouvrier… et derrière les intérêts politiques de la classe ouvrière. Nous sommes ici à contre-courants des courants petits bourgeois ou « intersectionnels » qui font de chaque groupe opprimé le sujet révolutionnaire de sa propre lutte : les femmes contre le patriarcat, les « racisés » contre le racisme, etc. Par ailleurs, notre travail de propagande, d’agitation voire d’intervention sur ces sujets doit bien sûr se faire aussi en direction du monde du travail.
IV. Former et recruter
IV.A) Rencontrer, animer et convaincre un milieu de jeunes révoltés
Des campagnes à nos topos en passant par notre journal, le NPA-Révolutionnaires et son secteur jeunes portent ouvertement nos couleurs communistes et révolutionnaires. Pour tous les jeunes qui se sentent désemparés ou démoralisés, comme pour tous ceux qui aspirent à changer la société, nous cherchons à incarner l’actualité de la perspective révolutionnaire : incarner à leurs yeux la possibilité de comprendre et d’organiser leur sentiment « d’urgence » face à la barbarie de ce monde. Au regard de la montée du militarisme, nous devons aussi porter une attention particulière aux militants organisés pour l’instant dans les organes de jeunesse des partis « de gauche » (PCF, LFI ou autres) car le nationalisme de ces derniers pourrait les mettre en porte-à-faux avec « leurs » propres jeunes.
Que les mobilisations soient victorieuses ou non, nous cherchons à convaincre les militants du mouvement de nos perspectives et de s’engager à nos côtés pour poursuivre la lutte contre le système capitaliste. En dehors des mobilisations, nous apparaissons à drapeau déployé pour « brasser large » et trouver ces jeunes révoltés : tables de presse, vente du journal, accroche, réunions publiques… C’est pourquoi nous élaborons régulièrement du matériel de propagande, tel que l’éditorial jeune, les quatre-pages, les autocollants, les affiches, jusqu’à la page jeunes du journal.
Comment offrir des perspectives à l’inquiétude et à la révolte des jeunes ? Par notre politique dans les mouvements, petits ou grands, bien sûr. Mais aussi par nos idées et notre capacité à apporter des réponses aux questions qu’ils se posent.
IV.B) Des échéances de formation nationales pour notre milieu
La formation politique, combinaison de l’accumulation d’expériences pratiques et de la théorie, constitue la base indispensable pour construire un parti de militants en capacité d’intervenir et de militer autour d’eux. De ce point de vue, les échéances publiques telles que les week-ends de formation, les réunions publiques (dans les facs et les lycées, ou à l’échelle de la ville) ou les Rencontres d’Été Révolutionnaires permettent de former et d’ouvrir notre milieu et nos camarades à certaines questions et de leur donner des armes pour intervenir. Le bilan de ces deux dernières années est positif concernant ce type d’échéances publiques jeunes, dont l’affluence nous dépasse largement. Les WEF nationaux, par exemple, ont vu leur nombre de participants progresser : 290 en février 2024, 260 en octobre 2024, 300 en mars 2025 et 375 en novembre 2025. En parallèle, ils ont été déclinés localement par les fédérations Rhône-Alpes, Lille et Sud.
À cela s’ajoutent des stages de lecture, organisés plusieurs fois par an : un outil de formation indispensable, où la lecture des textes fondamentaux permet de donner aux militants une compréhension des idées marxistes et d’engager des discussions sur l’orientation, qui permettent d’intervenir dans la lutte des classes et d’habituer chaque militant à se poser les problèmes collectivement et à chercher à les résoudre.
Quatre stages de lecture se sont tenus depuis la dernière CNJ : Toussaint 2024 (78 participants), février 2025 (179 participants), juin 2025 (accueil 60 participants), Toussaint 2025 (militant + accueil – 163 participants). Nous avons réussi à mettre en place différentes formules ces deux dernières années, notamment l’élaboration de stages dits d’accueil à destination de jeunes militants et de sympathisants proches. À cette nouvelle formule s’ajoutent des stages entre militants sur des sujets thématiques ou historiques. À ce stade, il reste encore à élaborer des maquettes « de base » pour gagner en efficacité et fluidifier nos discussions sur des contenus plus poussés.
IV.C) Quel type de militant cherchons-nous à former ?
Cette société capitaliste nous impose de construire nos choix de vie autour du travail. Nous pensons que militer pour la révolution peut et doit aussi être un choix de vie. C’est-à-dire militer au quotidien, sur le long terme, en y consacrant son temps et sa constance, même en dehors des périodes de mouvements. L’organisation que nous cherchons à construire est une organisation de militants que l’on peut appeler militants professionnels ou cadres ouvriers : pas uniquement de bons militants dans un mouvement, pas uniquement des agitateurs, pas uniquement de bons théoriciens, mais des militants capables partout où ils se trouvent de monter des groupes politiques, de prendre des initiatives, d’être autonomes, d’entraîner avec eux, de postuler à la direction de grèves, de luttes grandes ou petites, de savoir se lier et se confronter aux autres courants. C’est pourquoi nous nous efforçons de former politiquement chaque camarade, par la pratique comme par la théorie. C’est la condition nécessaire pour ne pas « construire sur du sable ».
La transmission d’un socle théorique commun est indispensable à la démocratie de notre organisation comme à l’élaboration de notre intervention et de notre orientation. Cela implique un certain nombre de vérifications politiques ainsi qu’un suivi régulier et individualisé de chaque contact et militant. Les comités jeunes recrutent et intègrent, oui, mais en lien avec l’ensemble de l’organisation, notamment via les fédérations. La mise en place de ces critères d’intégration est un chantier de ces deux dernières années ; leur harmonisation reste encore devant nous.
IV.D) « Tourner » les jeunes vers la classe ouvrière
Les militants du secteur jeunes sont mis au service de la construction de groupes politiques dans la classe ouvrière. Il y a, d’une part, les activités publiques ou volontaristes menées de l’extérieur – vendre le journal sur un marché populaire, s’occuper d’une diffusion extérieure sur une boîte. D’autre part, Il y a aussi la participation à l’activité en direction des entreprises, sous la direction de nos comités de boîtes : se rendre disponible pour aller sur un piquet de grève, participer à la diffusion d’un bulletin d’entreprise, et tenter d’y tisser des liens de confiance avec les travailleurs, le tout en tant que militant politique.
Même si, pour les camarades qui militent dans les syndicats étudiants, ce n’est pas la tâche principale, ils ont néanmoins tissé des liens avec des équipes syndicales de boîtes menacées de licenciement, notamment Vencorex à Grenoble mais aussi de manière plus pérenne avec des militants ouvriers comme à Geodis, TUI ou Monoprix dans les Hauts-de-Seine.
La priorité du secteur jeunes reste évidemment de construire et d’animer des groupes politiques dans la jeunesse. « Tourner les jeunes vers la classe ouvrière », signifie les arracher aux aspirations de la petite-bourgeoisie, mais non les couper de leur milieu ! C’est nécessaire pour assurer la relève de nos groupes jeunes avant que les camarades ne sortent du secteur jeune, et ainsi soutenir, à moyen-terme, nos efforts d’implantation dans la classe ouvrière.
V. Développer et structurer le secteur jeunes
V.A) Qu’est-ce que le secteur jeunes ?
Pour animer des groupes dans la jeunesse et proposer une politique, nous avons besoin de militants qui en fassent leur tâche quotidienne. De ce choix découle la nécessité de comités jeunes pour discuter et organiser notre intervention, ainsi que d’une direction jeunes comprenant des permanents, chargée de l’élaborer et de la diriger en lien avec le reste du NPA-R et sa direction. On trouve ainsi les comités jeunes comme cellule d’organisation et d’initiative de base de nos militants, articulés à leurs directions locales ou régionales. À titre d’exemples : les commissions jeunes ou et le secrétariat de la région parisienne (SRP) Bien sûr, dans certaines villes il n’est pas numériquement possible de s’organiser en comité jeunes et certains camarades peuvent participer à des comités non-spécifiquement jeunes en fonction de leur travail militant. Enfin la Conférence nationale jeunes (CNJ) élabore notre orientation et élit une direction nationale chargée de la mettre en œuvre. C’est là le rôle du Secrétariat national jeunes (SNJ), qui se dote d’un organe exécutif, le Bureau du secrétariat jeunes (BSJ) en lien avec les bureaux de fédération, le CPN et le CE du NPA-R. Tous deux ont pour tâche de proposer une orientation au secteur jeunes qui puisse être déclinée par l’ensemble des comités, et travailler à son harmonisation. Depuis la Conférence de 2024, les nouveaux camarades jeunes qui animent le SNJ se sont renforcés politiquement – notamment à travers la tenue de formations locales et de campagnes électorales. L’équipe du BSJ a, quant à elle, été rajeunie à plusieurs reprises.
La fusion entre les courants Anticapitalisme & Révolution et l’Étincelle se poursuit également au sein du secteur jeunes. La majorité des camarades jeunes n’ont pas connu le NPA du Vème congrès, ni l’époque où les courants confrontaient peu leurs expériences. Nous avons depuis acquis des habitudes de travail ainsi qu’une direction commune : sur l’élaboration d’une politique dans la jeunesse, la production de notre matériel politique, notre apparition nationale ainsi que nos échéances de formation. À titre d’exemple, les réunions de commissions WEF et stages regroupent des militants jeunes de différentes villes et générations. Élaborer ensemble une maquette de formation, puis la discuter avec l’ensemble des jeunes au stage, permet de mieux saisir nos héritages politiques, nos points d’accords et les débats théoriques qui subsistent.
Le secteur jeunes n’évolue pas en vase clos. Depuis le Ve Congrès (2022), les liens politiques et organisationnels avec le reste du NPA-R se sont renforcés. La participation des jeunes aux échéances centrales du NPA-R ont certes permis de solidifier ces liens – Rencontres d’Été Révolutionnaires, camps internationalistes, weekend de formation et fêtes locales. En parallèle, des efforts de structuration régionale de l’organisation ont permis ces pas en avant : des camarades jeunes sont parties prenantes de l’organisation à toutes les échelles, des directions de ville jusqu’au CE en passant par les regroupements régionaux.
V.B) La construction géographique
Nos comités jeunes sont présents dans plus d’une vingtaine de villes. Depuis la dernière CNJ, le nombre de militants jeunes reste stable et nous avons maintenu notre implantation géographique.
Dans certains endroits, les jeunes représentent la majorité des forces vives de notre organisation sur la ville. Il n’existe parfois qu’un comité jeune, sans comité de ville ou sans comité d’entreprise. Le secteur jeunes est alors le seul garant de notre existence politique locale. Une partie de ces comités est issue des dernières présidentielles (Rennes et Angers) et ces deux dernières années témoignent de leur stabilisation. Ils ont pu ainsi organiser aussi bien des fêtes locales qu’une campagne municipale, avec quelques coups de main fédéraux ou nationaux, mais avant tout à partir d’eux-mêmes !
L’année écoulée a aussi vu la relance des activités jeunes pour certains comités qui connaissaient jusqu’ici un petit flottement comme Toulouse, dû en partie à l’élan des municipales. À cela s’ajoute l’ensemble des tentatives pour monter des groupes jeunes dans des villes qui en sont pour l’instant relativement ou complètement dépourvues (Marseille, Tours, La Rochelle, Saint-Nazaire, Lorient, Besançon, Limoges, Annecy, Mulhouse…). La disponibilité des militants jeunes est un appui indispensable pour renforcer ce maillage géographique, notamment en épaulant des contacts ou des militants isolés. À Tours, un comité jeunes est en voie de formation. Cette petite progression semble être une tendance générale de l’extrême-gauche dans la jeunesse scolarisée. Il reste d’une part à poursuivre ces boulots d’extension et à en envisager de nouveaux ; d’autre part à raffermir les liens entre les militants qui s’en occupent, les comités jeunes, les fédérations et notre direction SNJ/BSJ.
La constitution de nouveaux comités et notre extension sont fondamentales, mais ne doivent pas conduire à délaisser le maintien et le développement de nos groupes existants. Il importe aussi de réfléchir pour les militants au départ de telle ou telle ville vis-à-vis des besoins militants de l’organisation. Il faut donc discuter collectivement des choix à opérer. La campagne municipale a pu servir de tremplin à l’ensemble des groupes NPA-R, autant dans la maturation et la structuration des comités jeunes que dans le milieu qui en est issu et qu’il reste à organiser avec nous.
V.C) Les liens avec d’autres organisations révolutionnaires
Notre boussole du « pôle des révolutionnaires » nous guide dans nos rapports avec les autres organisations communistes et révolutionnaires, y compris dans ses quelques déclinaisons en France. Nous combattons toute logique de mise en concurrence et de volonté d’écraser les différents groupes révolutionnaires. Qu’il s’agisse de discussions, d’initiatives communes ou d’interventions dans les mobilisations, nous cherchons à forger des rapports militants de confiance. Nous ne construirons pas seuls un parti révolutionnaire communiste internationaliste. Nous savons que c’est aussi la réalité et le poids de notre propre organisation qui permettra de peser en faveur d’un pôle des révolutionnaires, notamment auprès des autres organisations.
Dans un autre registre, les courants qui composent le NPA-Révolutionnaires ont tissé au cours de leur parcours des liens internationaux privilégiés avec certaines organisations : IZAR dans l’État espagnol, RSO en Allemagne, OKDE Spartakos en Grèce, SON aux États-Unis. Le camp internationaliste est l’occasion pour le secteur jeunes d’approfondir ces relations avec les camarades jeunes de nos organisations sœurs. De même pour les échéances nationales auxquelles ils participent désormais presque systématiquement comme les WEF. La réussite numérique et politique de ces camps est d’autant plus importante qu’elles nous permettent de nous réunir et de discuter nos analyses et orientations (aussi bien dans l’assemblée générale jeunes des RER que la commission jeunes du camp internationaliste). Nous assumons l’objectif de forger à terme une direction internationale commune avec ces organisations sœurs.
Notre organisation a fait le choix de ne pas proclamer ou se rallier à l’un des multiples regroupements internationaux se proclamant « Internationale », mais de chercher à entretenir des relations avec un maximum d’organisations en privilégiant les expériences communes. Les militants du secteur jeunes en sont partie prenante, sous la direction du CE et de la commission internationale. Il s’agit de poursuivre l’ensemble de ces boulots et de qualifier des jeunes aux tâches internationales, en lien avec notre direction politique.
V.D) Les « boulots lycées »
Durant l’année en cours, nous avons étendu notre intervention en direction des lycées, notamment portés à la rentrée par le mouvement du 10 septembre. Le boulot lycée est animé par des militants encore étudiants.
Notre secteur jeunes est loin d’être pris d’assaut par des lycéens : nous n’en comptons que quelques unités, à Paris et Lorient. Celles-ci ont autour d’eux de petits embryons de comité dans leurs établissements. Le transfert de nos camarades de terminale l’année prochaine, la poursuite de leur formation politique, le maintien de groupes malgré le turn over du vieillissement, restent devant nous.
La plupart des comités jeunes se projettent en direction des lycées, à raison d’une accroche hebdomadaire par exemple. Cette intervention est formatrice pour les militants étudiants qui doivent sélectionner les axes, les textes qui « parlent » à nos sympathisants de 15 ans, et trouver les petites initiatives qui permettent de les organiser. Être présent régulièrement devant le lycée et surtout organiser sa journée autour des lycéens pour rencontrer leurs potes implique un niveau de disponibilité élevé. Tous les comités ne peuvent pas le prendre en charge de la même manière selon leurs effectifs. Il n’empêche que le problème reste sur la table si nous voulons animer des groupes dans les établissements même en dehors de mobilisations. À Paris et en banlieue lyonnaise, ce choix a porté ses fruits après le mouvement du 10 septembre. Le milieu rencontré sur les blocus ne s’est pas maintenu dans son intégralité, mais nous avons pu rapprocher des contacts de 16 ou 17 ans. Non seulement cette poignée de lycéens se projette à devenir militante dès leur entrée à la fac, mais ils ont été précieux pour animer de l’extérieur de vrais petits groupes dans leur établissement, sur la base de topos hebdomadaires par exemple. Fait notable : les contacts lycéens à Paris formulent être restés avec nous en partie parce que nous les avons « pris au sérieux » sur leur colère, en leur proposant explicitement une formation marxiste et en leur donnant comme objectif de construire un groupe politique autour d’eux. Il faut que l’intervention en direction des lycées soit aussi le problème de l’ensemble des comités du parti, en lien avec le secteur jeunes.
À ce stade, le secteur jeunes n’a pas d’intervention particulière à l’adresse des jeunes en formation professionnalisante, ni structure pour porter une telle politique. De fait, nous n’organisons que très peu de sympathisants suivant des formations de type lycée pro, BTS, DUT ou CAP, et nous n’intervenons pas en direction des centres de formation d’apprentis. Le développement de boulots en direction des jeunes en formations pro doit être une de nos préoccupations. Notre organisation y gagnera en surface, en ADN ouvrier et en crédibilité dans les milieux populaires.
V.E) Sortir du secteur jeunes
Le fait de militer dans le secteur jeunes est, par définition, temporaire. La question de savoir où vont aller nos militants après avoir quitté le secteur jeunes est centrale pour notre organisation et doit être une préoccupation commune au secteur jeunes et à l’ensemble du NPA-Révolutionnaires. Nous visons l’objectif de nous implanter dans plusieurs secteurs de la classe ouvrière en priorité. Un certain nombre de camarades entament ainsi des formations professionnalisantes qui les mettent au contact de futurs travailleurs, dans les IFSI par exemple. Il reste à échanger sur la manière dont le secteur jeunes peut accompagner ces camarades et les aider à rayonner dans leur nouveau milieu.
Depuis la CNJ de 2024, plusieurs dizaines de militants ont quitté ou sont en train de quitter le secteur jeunes. Entre s’implanter ou commencer un travail d’extérieur avec intégration à un comité d’entreprise, on trouve mille cas de figure : double appartenance à des comités jeunes / jeunes travailleurs, camarade intégré à un comité de ville, camarade jeune implanté suivant encore l’activité lycée, camarade étudiant entamant un boulot d’extérieur, etc.
La CNJ doit servir à dessiner un tableau plus précis de ces parcours de transition et des problèmes que nos militants y rencontrent, notamment par les retours d’expériences des camarades ayant tout juste quitté le secteur jeunes. Elle doit aussi servir à la commission ouvrière et à notre direction politique, en lien avec les fédérations, pour réfléchir aux structures qui pourraient soutenir notre développement. À titre d’exemple : lorsqu’on le juge nécessaire, forger à partir des camarades tout juste sortis du secteur jeunes de nouveaux groupes en direction d’autres entreprises, d’autres lycées, voire d’autres villes.
VI. À venir
VI.A) Une campagne pour la rentrée
Sauf changement politique majeur, l’inquiétude au regard de l’avenir de guerre et de misère que les capitalistes veulent nous imposer va se poursuivre et pourrait donner lieu à des envies de révolte. Cette CNJ est l’occasion pour nous de réfléchir au contenu politique d’une potentielle campagne de rentrée. Nous avons également à réfléchir, en lien avec la direction nationale du NPA-R, à des initiatives à prendre sur le terrain de la rue, à l’image de ce que nous avons pu faire à Paris avec le rassemblement du 17 avril. Nous devons viser l’objectif de réussir sur nos facs des réunions publiques ou meetings, où l’idée serait de nous entourer d’un nouveau milieu et de réunir une frange plus large d’étudiants que ceux que nous arrivons à toucher jusqu’ici afin de les convaincre de notre orientation.
VI.B) Les présidentielles
L’année 2026 a été celle de la première campagne municipale de notre organisation. Les jeunes y ont occupé un rôle important dans les tâches de constitution des listes, d’animation de la campagne, de porte-parolat, etc.
Le secteur jeunes doit se préparer à prendre sa place dans les élections présidentielles qui arrivent en 2027. Cette campagne doit être l’occasion pour nous de porter notre politique à une échelle bien plus large que ce qu’elle a pu être jusqu’à présent, mais aussi de faire passer un cap à notre organisation, d’un point de vue militant et organisationnel. Le secteur jeunes sera indispensable aux tâches que nécessite une telle campagne, à commencer par la recherche des parrainages.
Nous devrons mener cette campagne sur nos lieux d’études, en tentant des meetings sur nos universités, en impulsant des comités de campagne pour tenter de se constituer un nouveau milieu et de l’organiser, tout en combattant les pressions au vote utile et au « barrage républicain » du côté de la gauche institutionnelle. Nous devrons nous servir de cette campagne en la liant à nos axes d’agitation dans la situation.
