

Campagne d’excision au Mali : contrôler les femmes par la violence
Au Mali, une campagne numérique remet sur la table le problème de l’excision. Ses auteurs sont médecins, hommes d’affaires, religieux ou influenceurs, et vantent les bienfaits de ces violences dont sont victimes neuf femmes sur dix dans le pays. Les mutilations génitales sont réalisées dès le plus jeune âge, souvent sans anesthésie et au rasoir.
Sur les affiches « Oui à l’excision », c’est ce qui s’appelle « protéger » les filles. Mais ce que la campagne vise à protéger, c’est le contrôle par les hommes de la virginité puis de la fidélité de leur fille, nièce, soeur ou épouse en transformant les rapports sexuels en calvaire. Ce contrôle social est maintenu par le poids de la coutume, mais surtout par ceux qui la défendent : leaders communautaires ou religieux, médecins et exciseuses, groupes politiques réactionnaires et ceux qu’ils influencent jusqu’au coeur du foyer.
L’État donne des gages aux religieux en les incitant à la discrétion, tout en faisant pression sur les ONG qui luttent contre l’excision. Campagne de sensibilisation, affichage de prévention, sondage d’opinion sont ainsi renvoyés à « une date ultérieure ».
Cela n’empêche pas les activistes de faire entendre leur indignation en Afrique de l’Ouest, sous forme de contre-campagne numérique. Ces militants placent le problème sur le terrain de la prévention, mais aussi sur le terrain juridique en exigeant de la Junte une loi interdisant l’excision au Mali. Mais, dans les pays voisins où une telle législation a été arrachée, l’excision et l’impunité n’ont pas reculé, car les gouvernements ne cherchent pas à mettre un terme aux mutilations génitales, qui frappent en premier les populations pauvres. Cela supposerait d’engager des moyens pour combattre la misère matérielle et morale, et de rompre avec les notables locaux et les couches sociales conservatrices. Ils préfèrent alors laisser prospérer cette pratique, voire la défendre au nom d’une prétendue « tradition africaine » à préserver contre les « valeurs occidentales », comme le mettent en avant les influenceurs pro-Junte malienne (et pro-excision).
ALEXIS MICSHEN
