
Contre le racisme de la direction, les lycéens de Jean Renoir (93) ne lâchent rien !
Article du N°58 de Révolutionnaires (28 mai 2026)
Fin avril, un audio où la CPE parle de « gang des blacks » pour désigner des lycéennes tourne sur les réseaux. Un vent d’indignation se lève dans les classes. Les lycéens s’organisent et recueillent des dizaines de témoignages. À les lire, les propos les plus racistes sur les cheveux, les accents, les origines, la religion réelle ou supposée, sont monnaie courante dans la bouche de la direction, sur fond de mépris des travailleurs : « vous, vous finirez sûrement chauffeur de bus RATP », « vous serez des femmes au foyer ». Forte de son impunité, elle fait aussi régner l’arbitraire sur les options, cours de FLE, convocations, absences etc… jusqu’à la riposte lycéenne.
Une première victoire arrachée
La CPE est suspendue dès le premier blocus. Les lycéens savent qu’elle n’est que l’arbre qui cache la forêt. Ils exigent donc des garanties : formation sur le racisme pour tous les adultes, protection des élèves qui témoignent, semaine annuelle contre le racisme, remaniement de la direction. Le proviseur ayant ignoré ces revendications, un second blocus s’est organisé le 18 mai, les lycéens déterminés à continuer « tant que nos revendications ne seront pas entendues ».
S’organiser pour déjouer les pièges de la direction
La direction a tous les moyens de diffuser sa musique. Devant les élèves, ça bégaie fort, mais derrière, c’est réunion avec les enseignants, mails aux parents, menace de sanction, et plainte en diffamation au nom de l’établissement contre les élèves qui ont relevé la tête. Les services administratifs ont même déclaré fermer le 22 mai pour faire pression contre la mobilisation : une bien étrange grève ! Se sentiraient-ils concernés par la banderole « C’est vous le vrai gang de racistes » ?
Car oui, les élèves se font entendre par leurs propres moyens. Pétition, compte instagram, communiqués servent à s’adresser à l’extérieur : aux parents, aux profs, aux employés de mairie. Ils y dénoncent l’hypocrisie d’une école qui parle d’égalité mais leur pourrit le quotidien par son racisme. Et pour s’adresser à leurs camarades de classe, ils ont banderoles et blocus.
Ensemble, ils exigent de pouvoir choisir l’adulte qui recueillera leur témoignage, d’avoir un comité anti-discrimination avec leur participation ainsi qu’une enquête indépendante et transparente. Qu’ils chérissent cette envie de garder la main sur leur combat, elle leur servira à ne pas se le faire confisquer ! Les adultes « responsables » leur disent déjà de s’en remettre au rectorat, aux flics ou à la justice. Le proviseur appelle tout le monde à porter plainte – autant les victimes que ceux qui les attaquent en diffamation – histoire de noyer le poisson. Il se dédouane en refilant l’affaire à la police, bien connue pour son antiracisme, qui a déjà violenté les élèves à leur blocus du 18 mai. De nouveau, l’indignation : « on demande la justice, on nous envoie la police ! ». Quant à s’en remettre au ministère ou à la justice, les personnels syndiqués en savent quelque chose et l’ont déjà dit aux lycéens : au lycée Maurice Utrillo (Stains, 93), les enquêtes du rectorat sur le racisme ont seulement visé … les lanceurs d’alerte ! Alors quand le même recteur enjoint les lycéens de Renoir à la mesure et au respect de la loi, ils ont bien raison de répliquer « si le rectorat ne fait rien, nous on va se battre ! »
Alexis Micshen • 26/05/2026
